Wednesday, June 3, 2009

A la recherche du Paradis IV

A la recherche du Paradis
(PART IV)
Story by Gustáv Murín

Nous étions assis dans le sauna, transpirions et nous rappelions des moments passés ensemble il y a bien longtemps en Slovaquie. Nous avions enfin le temps de discuter de tout ce qui était derriere nous. En réalité nous avons parlé durant tout ce temps d'une seule et unique attirante jeune fille que nous avions tout deux connu de plus que pres. Les choses s'étaient tellement accélérées que j'avais couché avec elle avant d'avoir eu un premier rendez-vous. Cela arrive parfois quand on fait bien la fete et qu'une attirante inconnue fait son apparition. Dans ce cas précis, il s'agissait d'une fete a l'université, ou j'avais si bien réussi a m'imbiber que je ne pus meme pas a me rendre compte qu'elle s'éloignait de connaissances plus familieres, c'est pourtant ce qu'elle fit. Nous avons terminé dans une étreinte amoureuse rapide et intenable dans la cave de l'institut universitaire, entre les centrifugeuses a rotation rapide.

C'est ainsi que j'ai découvert ce que j'allais plus tard appeler le Paradis chinois. Elle était parfaite dans toute sa perfection. Un premier aperçu proposait l'expression effrayée d'une vieille fille combinée a une prof de lycée servie froide. Ses vetements, sa coiffure et ses lunettes démodées étaient exactement dans ce style. Mais celui qui s'était déja risqué a déballer tout cela avait trouvé sous les couches bulbeuses d'une enveloppe textile peu engageante un corps de femme magnifiquement dessiné et, encadré par les vagues de ses cheveux défaits, un petit visage sexy de Sharon Stone, ou de toute autre actrice blonde. Et surtout, le Paradis chinois était une source inépuisable de fantaisies érotiques. La laisser seule trop longtemps l'amenait par exemple a l'idée de serrer si fort les cuisses qu'elle en atteignait le septieme ciel. Elle prétendait avoir réussi cela douze fois consécutives. Elle avait aussi essayé la bougie, mais celle-ci était paraît-il trop froide. Pour un jeune homme plein de projets d'expérimentations sexuelles, il s'agissait du champ d'investigation le plus désirable. Mais, également intéressé par mon propre travail de recherche, j'avais limité le moment dédié a nos expériences intimes a un jour par semaine - le vendredi.
Le vendredi soir, je venais a l'internat ou habitait le Paradis chinois, comme un cow-boy apres une équipée a cheval d'une semaine : harassé, poussiéreux, fatigué. Á cela, le Paradis chinois avait rodé une procédure de retour du cow-boy a la vie. Elle m'accueillait a l'entrée, dans une nudité avide seulement recouverte d'un léger peignoir. Elle me déshabillait, me conduisait a la salle de bains, me baignait, me séchait et m'enduisait de quelque chose de délicieusement parfumé. Quel que soit le moment de cette cérémonie d'ascension du mont des plaisirs, je me rappelais de mon sexe masculin (a moins que ce ne soit lui qui se souvienne d'elle), elle était accessible facilement et sans se faire prier. Seulement, apres une semaine chargée d'obligations je ne m'en souvenais pas tout de suite, ce qui faisait qu'elle me conduisait a la table dressée avec gout et imagination pour le dîner. Habituellement c'était une spécialité chinoise (son surnom venait de la) accompagnée d'une bouteille d'un excellent Tokay et surtout d'une oreille complaisamment réglée qui écoutait avec dévouement toutes mes dernieres histoires de cow-boy, tout en n'hésitant pas a se manifester parfois par des questions et meme un vif intéret.


Apres cette préparation minutieuse de mon corps et de mon âme, mon Paradis chinois poursuivait la conversation sur un lit délicatement préparé. Elle ne manquait pas de me faire comprendre que je pouvais vraiment faire tout ce que je désirais avec elle et le plus agaçant dans tout cela était que lorsque je m'y essayais elle se manifestait par un cri léger, mais persistant, " non, non, non ". Un vrai Paradis pour un homme, un chasseur, un prédateur, un mâle... Mais a dire vrai, tout ce Paradis était accompagné d'un rituel secret plus innocent et moins animal, mais tout aussi viril. Cela peut sonner comme quelque chose d'incroyable, mais je goutais a une plus grande sérénité quand apres un premier tour d'expérimentations je pouvais enfin faire un saut dans une certaine piece isolée et assis avec mon caleçon baissé prendre un instant pour feuilleter l'un des magazines humoristiques jetés la. A dire vrai, je n'attendais pas beaucoup d'humour de la part de ce genre de magazine mais c'était surtout un prétexte. Un prétexte pour un repos véritable et paradisiaque. Si vous pensez que je suis fou, je dois vous révéler une autre folie, une regle secrete en plus. Je m'interdisais en effet de dormir avec le Paradis chinois. J'avais le sentiment que ce serait une erreur fatale. Et surtout un jeu malhonnete vis-a-vis d'elle. Oui, je lui rendais visite dans sa petite chambre d'internat et je m'efforçais (c'est tout ce dont je pouvais me souvenir apres des semaines toujours difficiles) que nous nous sentions bien ensemble. Mais a aucun moment, je n'ai voulu lui laisser l'impression qu'il pourrait en ressortir quelque chose plus. Et cela uniquement parce que je n'avais rien de plus a lui proposer alors. Je parvenais a peine a vivre en dehors de mon travail, ce n'était pas pour me consacrer a aimer qui que ce soit. Et j'avais l'impression continuelle que si je dormais une seule fois a côté du Paradis chinois, elle finirait par se convaincre que nous sommes un peu plus que des amants. Je me suis donc levé aux heures les plus improbables du soir et de la nuit sans tenir compte de l'absence de confort a l'extérieur et des plaisirs paradisiaques que j'abandonnais. Cela m'a réussit jusqu'au moment ou lors de l'un de ces départs elle m'a proposé a voix basse et avec prudence :

" Reste, mais reste enfin ! Repose-toi, reste au lit. Demain nous nous réveillerons ensemble et tu n'auras absolument rien a faire, rien du tout. Meme pas parler. Mais reste... "

Le signal longtemps redouté a alors résonné dans mon inconscient. Des cloches sonnant l'alarme quelque part dans une soute de mon esprit m'annonçaient que c'était mauvais. C'est le dernier avertissement et si je m'en vais maintenant, je ne dois en aucun cas revenir. J'étais aidé par le fait que je devais partir sous peu pour un stage de longue durée dans une ville lointaine. J'avais cependant honte de la laisser " comme ça ", de nouveau a la merci de la solitude ou d'un cow-boy inconnu aux bottes poussiéreuses.

Il n'est peut-etre pas nécessaire d'autant expliquer. En bref, j'ai décidé de lui faire connaître mon ami Legy et ce de la façon la plus complete qui soit. Je l'ai invité chez Legy, dans la garçonniere de celui-ci, que j'avais averti a temps des possibles conséquences pour les présenter finalement a l'endroit le plus naturel pour le sexe humain - au lit. Le Paradis chinois était toujours heureuse d'expérimenter et cette expérience avait vraiment bien tourné. Quand je suis finalement parti pour une autre ville, le bruit m'est parvenu qu'ils se fréquentaient et meme qu'ils sortaient sérieusement ensemble. En mon for intérieur, je me félicitais de lui avoir choisi le bon. Un partenaire délicat, cultivé et attentionné qui allait finalement apprécier a sa juste valeur tout ce qu'elle était capable et pressée d'offrir.

Et voila que j'étais assis la avec le dernier visiteur du Paradis chinois que je connaisse, mon ami Legy. Nous transpirions et savourions notre biere. Dehors nous attendait le saut final dans l'eau froide de la piscine et moi, je voulais savoir, ce qu'il avait bien pu se passer, nom de Dieu !

" Ce qu'il s'est passé ? " me répondit Legy en me posant cette question sur un ton de reproche. " J'ai foutu le camp, j'ai tout simplement foutu le camp. "

" Je sais que tu as foutu le camp, tu as pris la frontiere. Mais pourquoi sans elle ? "

" Mon vieux ", dit Legy en me regardant l'air encore plus courroucé. " C'est a elle aussi que je voulais échapper. Tout ça c'était trop pour moi. Toujours ce bain brulant avant, cette friction avec ce je ne sais quoi parfumé et cette soumission sans égal, j'ai fui tout ce qui se faisait avec elle je pense. Comment je pouvais supporter ça tous les jours ?! Tout cela était trop parfait et définitif. On ne pouvait rien y améliorer, il n'existait rien permettant de pouvoir encore se réjouir. Elle était le summum, le sommet de tout ce dont un homme peut rever...Elle était comme un Paradis dans lequel tu ne dois pas entrer si tu veux encore conserver au moins une once d'aspiration non assouvie, d'aspiration a chercher...d'accomplissement. Voila pourquoi je me suis tourné et me suis enfui. La bonne excuse aussi, c'est qu'elle avait arreté son abonnement aux magazines humoristiques - soit disant parce qu'on devait économiser pour la future famille. Tu sais, ce genre de magazine avec des blagues illustrées qu'on peut feuilleter en paix dans un certain endroit tranquille, c'est... "

" Je sais ce que c'est " ai-je répondu. J'ai enlevé la bouteille de biere et suis sorti en courant du sauna. Pieds nus et transpirant dans la salle de musculation, j'ai enfoncé la porte menant a la fraîche nuit nashvilienne pour sauter dans l'eau horriblement, exécrablement et détestablement froide de la piscine. Je gémissais de froid a travers mes dents qui claquaient, en battant éperdument des mains - et je me sentais si bien.

En rentrant a la maison, tous deux de nouveau muets, satisfaits, fatigués par le tennis, le sauna et la biere, Legy s'est brusquement tourné vers moi a un carrefour :

" Au fait, mon vieux, j'avais presque oublié de te demander comment tu te sens en Amérique ? "

J'ai répondu sans hésitation.

" Tu sais Legy, pour eux le socialisme, ce Paradis promis sur Terre, fonctionne vraiment. "

Legy, pensif, a hoché la tete et avant qu'on ne passe au vert, il m'a répliqué comme on retourne un service insidieusement placé par un adversaire difficile.

"C'est ça le véritable Paradis mon vieux. Dommage seulement qu'il y ait autant de coups de feu."

Au carrefour suivant, il ne parlait déja plus dans ma direction, mais dans celle du feu placé devant nous.

" Nous rentrons au pays, mon vieux. Toute la famille. Ne me demande pas pourquoi et ne me dit plus a quel point ça se passe mal la-bas, chez nous. "

J'ai tenu parole.

(The End)


Wednesday, May 27, 2009

A la recherche du Paradis III

A la recherche du Paradis
(PART III)
Story by Gustáv Murín


Le matin suivant était un samedi et meme les sauts de joie de Lenka n'ont pu m'empecher de faire la grasse matinée. Apres avoir sauté sur ses parents, elle a essayé de me convaincre qu'en tant qu'étranger inconnu, je devais profiter de chaque minute offerte de la compagnie d'une dame et accepter de mon plein gré de visiter l'exposition de ses jouets préférés.


Ainsi commença la journée. Apres le petit déjeuner, nous en sommes enfin arrivés a la longue discussion attendue : comment ça se passe a la maison et ici. Au moment ou nous nous sommes trop engagés sur le terrain politique, theme recommandé pour une tristesse collective, Legy a proposé de plutôt aller jouer au tennis.


Avant mon départ pour les Etats-Unis, mes amis et connaissances m'avaient demandés : " Et que vas-tu faire la-bas au juste ? "


Je ne voulais pas expliquer toutes les péripéties liées a la bourse accordée par le gouvernement américain (les impôts et des amis émigrés, comme ne manquaient pas de me le rappeler quelques-uns) et j'ai donc répondu que j'allais en Amérique pour jouer au tennis. C'est comme ça que je m'imagine le Paradis, moi - du temps et de l'espace illimités pour pratiquer un tennis récréatif et socialement amusant...


Mes amis se sont a premiere vue beaucoup amusés de cette réponse, mais, a part eux, ils se disaient surement : " Quels drôles de types que ces Américains ! Ils paient sans rechigner un séjour de trois mois a un détraqué qui n'a pas de meilleur boulot que de jouer au tennis ?! "
Quand je suis finalement arrivé aux Etats-Unis, les organisateurs de mon séjour m'ont demandé a ma grande surprise : " Que préféreriez-vous faire ici ? "


J'avais la réponse a portée de main : " jouer au tennis. " Les organisateurs de mon séjour se sont a premiere vue beaucoup amusés, mais, a part eux, ils devaient surement se dire : " Quels drôles de types que ces Slovaques ! Ils sont capables de parcourir une telle distance seulement pour jouer au tennis, alors qu'ils peuvent aussi le faire chez eux ?! "


Mais Legy savait, que le tennis ce n'est pas seulement poursuivre une balle avec une raquette, mais aussi la célébration du partenariat, une forme étrange de communication amicale. Et c'est donc dans une compréhension mutuelle et muette que nous avons tapé la balle. Il ne faisait pas aussi froid que le soir, le soleil dans le ciel dégagé réchauffait l'air frais de novembre et nous avions parcouru le chemin menant aux courts de tennis sans l'humiliant sifflement du compteur.
Les courts faisaient partie d'un complexe de loisirs pour les personnes de la résidence. Nous avions pu y entrer grâce a Aleš, une connaissance de Legy qui habitait la. Un nom typiquement tcheque pour un gars completement tcheque. Bien que plus âgé, il était plein d'énergie et d'idées. Par contre, il se plaignait systématiquement de quelque chose, meme s'il vivait carrément comme un prince par rapport a Legy. La chance lui souriait, comme a nous, comme il nous l'expliqua a propos au milieu de tout un bouquet de plaintes et de griefs : les boîtes aux lettres ici sont placées dans des sortes de pigeonniers souterrains sous le auvent. Chaque locataire se voit attribuer un enclos a pigeons avec une boîte fermant a clé. Tout cela se tient juste au sommet du chemin abrupt menant au centre de la résidence. Il y a peu de temps, notre Aleš s'était dirigé vers la boîte aux lettres dans sa nouvelle voiture et en était sorti pour prendre son courrier. Alors qu'il peinait vers sa propre boîte, il avait nettement entendu une sorte de choc et tout de suite, il avait vu et compris. Un abruti s'était garé avec négligence, n'avait pas actionné le frein de la voiture qui lors de sa descente dans la côte raide avait percuté le véhicule qui arrivait. Cet abruti était bien sur Aleš. Mais il avait eu de la chance, car s'il n'y avait pas eu ce véhicule, sa nouvelle Toyota aurait survolé dans un élégant flop le virage suivant et aurait fini dans le petit parc, vingt bons metres sous le niveau de la chaussée. Ce brave Aleš nous raconta cette heureuse aventure d'une voix brisée par les soucis et le pressentiment des autres horreurs qui allaient le frapper. Des avions survolaient les courts toutes les cinq minutes et se préparaient a atterrir a l'aéroport tout proche. Exactement comme a Wimbledon. Quand je lui fit part de cette prestigieuse comparaison, Aleš ajouta seulement avec tristesse qu'avec un telle fréquence de passage, la probabilité qu'un avion s'écrase juste sur ce court était inévitable. Et Aleš, dans l'infortune de sa vie, concederait surement la victoire dans le match de tennis. Pendant le changement de côté (nous jouions a l' " américaine ", qui est une combinaison symbolique du double et du simple) Legy me chuchota qu'Aleš qui annonçait sa malchance ostensiblement ne devait pas me déconcentrer. Il s'agit jusque d'un habile camouflage de l'avarice humaine dans la persévérance a s'enfoncer soi-meme. Dans la communauté locale des émigrés (dont quelques-uns sont a l'université ou travaillent Legy et Aleš) il se raconte qu'il s'est approprié (ou a en fait volé ?) les résultats scientifiques du groupe ou il travaillait alors avec ses compatriotes et qu'il avait essayé de les vendre (ou de les utiliser afin d'obtenir un meilleur poste). Mais Legy n'avait pas contrôlé cette information et, pris dans le plaisir du jeu, il avait choisi ce jour-la de ne pas observer l'honneteté d'Aleš au travail.


Aleš habitait cependant un lieu que nous aurions pu aussi qualifier de véritable Paradis du logement, semblable a celui qu'on nous avait seulement promis sous le socialisme. Je peux moi-meme en juger, puisque j'ai habité dans l'une de ces réalisations des promesses techniques.
Nos immeubles avaient été nommés "Beautés " par les constructeurs et notre rue s'appelait la " jolie rue " - tout cela pour que les familles nouvellement arrivées sachent ou elles allaient. La nouveauté, en dehors des magasins au rez-de-chaussée des bâtiments, était une piscine a l'usage des habitants de la résidence. Il l'avait construite d'apres une idée problématique faisant venir l'eau du ruisseau voisin, ce qui a pour effet qu'aujourd'hui encore, l'eau est soit saine et terriblement froide ou par moment tiede et bouillonnante comme dans un marais. Ils avaient de plus creusés au milieu de chaque carré de maisons de petits bassins peu profonds pour les enfants les plus petits. L'eau était seulement sale au départ et avec le temps ils avaient arreté de la faire couler. Les garçons et moi y jouions au hockey hiver comme été. La cerise sur le gâteau de cette résidence modele était la fontaine. Pas une fontaine ordinaire, mais une fontaine aux poissons dorés. Je me souviens de ces poissons dorés comme un enfant. Quand apres des années, j'ai des de nouveau aperçu la fontaine, les poissons n'y étaient plus. Apres tout ce temps, je n'y ai plus trouvé d'eau non plus. La fontaine avait été laissée a l'abandon et était devenue une fosse a ordures. Une sorte de dispositif d'utilité publique socialiste l'avait fait combler et y avait planté des roses. Personne ne s'occupait des roses et il ne nous reste de cette époque qu'une fontaine d'épines...


Le logis américain d'Aleš ne fournissait pas seulement aux habitants des courts de tennis gratuits, ce qui chez nous n'existait meme pas sous le socialisme, mais également un centre de fitness solidement équipé avec une petite fontaine a l'entrée. Je n'y ai pas vu de poissons dorés mais par contre, elle fonctionnait. Nous y sommes allés apres le tennis de façon tout a fait illégale, car Aleš nous avait quitté entre temps. Mais il nous avait laissé le code qui nous permit de convaincre le portier automatique de nous ouvrir. C'était peinard. Apres la barriere vous étiez non seulement accueilli par la fontaine, mais aussi par une piscine et au sous-sol par une salle de musculation avec sauna. Le tout pret a fonctionner, fonctionnel et judicieusement aménagé. Évidemment, nous n'avions pas oublié d'y emporter un peu d'anarchie slovaque - nous avions amené de la biere avec nous. Ce type de consommation sauvage dans un lieu public est interdit partout aux Etats-Unis. Mais nous étions seuls et avions adapté ce petit Paradis a nos habitudes.


(to be continued)

Wednesday, May 20, 2009

A la recherche du Paradis II

A la recherche du Paradis

(PART II)

Story by Gustáv Murín

De longues années plus tard, j'ai tenté de visiter un autre paradis. Legy avait émigré. Il avait fui la Slovaquie quand celle-ci faisait encore partie du Paradis socialiste promis sur Terre. C'était l'un des rares paradis que les gens fuyaient au péril meme de leur vie. Legy avait fui, attiré par la vision du Paradis américain. Le chemin qui y menait était un enfer de camps de réfugiés et de fils de fer barbelés aux frontieres. Legy réussit a passer tout cela (meme si sous le gouffre pres de Vernár il avait eu l'intention de finir a jamais dans un fossé), dans un camp de réfugiés il fit la connaissance de Zdenka sa future femme, ils parvinrent finalement a atteindre l'autre côté de l'océan, eurent une belle petite fille prénommée Lenka et s'installerent. Legy s'était établi a dessein au coeur meme du Paradis américain - a Nashville. Nashville est un lieu ou l'Amérique chante ses reves et ses espoirs. C'est un endroit ou les gens deviennent des étoiles, ou au moins des cometes. C'est le temple de la musique country américaine, et donc précisément des chansons que Legy nous jouait durant notre marche dans le Paradis slovaque. Grâce a lui, nous les avions hurlées jusque tard dans la nuit, comme de jeunes chacals faisant résonner toutes leurs indicibles aspirations dans le ciel nocturne. Legy avait donc réussi apres des années de préparation. Il était a présent la ou il voulait etre, et ce depuis huit longues années. Il était plus que temps de rendre visite a mon ami d'enfance et de gouter un morceau de son Paradis américain.

Á mon arrivée, Legy ne m'a pas donné le temps de reprendre mon souffle. La premiere chose que je devais voir (juste apres avoir été accueilli par une Zdenka curieuse de connaître les nouvelles de la patrie et une Lenka timide et curieuse envers cet étranger d'un pays inconnu qu'on nommait patrie) était le Wild Horse Saloon - Le Salon des chevaux sauvages.
" S'il y a bien quelque chose de terriblement américain, c'est ici ", me disait Legy pendant le trajet en voiture jusqu'au centre de Nashville. C'était le mois de novembre et il faisait déja froid la nuit. La voiture de Legy y réagissait par un grincement de protestation, du paraît-il au froid qui avait bloqué le compteur. Nous sommes donc parvenus au Wild Horse Saloon comme des pompiers, un sifflet jouant a tue-tete en guise de sirenes. Le Saloon était plein.

La salle principale est une imposante piste de danse avec un podium, sur lequel dansent les groupes de visiteurs de passage. Ils doivent s'y connaître car il y a beaucoup de pas et certains sont vraiment échevelés. Legy me le confirma de sa propre expérience. Il avait payé avec toute sa famille pour un cours d'entraînement aux danses country, précisément dans ce temple de l'amusement américain. Ils y avaient passé cinq samedis matin et étaient parvenus entre temps a oublier tout ce qu'ils avaient appris. Dans la seule grande salle, les moins doués forment un grand cercle et s'exercent avec leurs jambes au rythme de la country. Pour que ce soit parfait au sens américain du terme, des statues de chevaux sauvages sont fixées au dessus de leurs tetes et galopent vers le plafond.

Legy reproduisait le rythme de la musique de sa main sur la rampe de la galerie, d'ou nous avions une excellente vue. Je me penchais vers lui dans cet insensé ressac musical et lui braillais a l'oreille : " Je ne suis pas étonné que ça te plaise ici. On y trouve les plus belles nanas que j'ai pu voir jusqu'ici en Amérique. "

Legy m'observa attentivement pendant un moment, regarda en bas les couples qui dansaient et me cria de la meme façon a l'oreille : " Normal. Ici ce sont seulement les meilleurs morceaux qui viennent. Mais oublie ça. Tu n'as aucune chance. Ces filles ne nous aiment pas. "

Nous avons terminé notre Corona et Legy me tirais déja vers un autre local. En chemin, il m'expliqua qu'en tant que scientifique universitaire il était parfois amené a côtoyer au labo ce genre de sublimes filles que je venais de voir. Elles ne portaient ni jeans serrés, ni chemises fermées sous la poitrine, ni stetsons mais des blouses blanches. Tout aussi belles et tout aussi inaccessibles. Un émigré n'est pas en effet un parti avantageux pour une belle Américaine, comme me l'expliqua Legy d'un ton professoral. Une belle Américaine est en fait une denrée tellement rare qu'elle peut surement trouver mieux.

" Mais ", ajouta Legy familierement, " si tu veux profiter un peu du sexe je t'emmenerai avec plaisir au bon endroit. "

Ce bon endroit, c'était le AC-Club, que nous avons atteint peu avant minuit. Un horrible club, plein a craquer, enfumé. L'endroit est constitué d'une grande construction métallique qui ressemble a une cage, ou des gars se tiennent debout pres des tables du buffet (ici et la, apparaît rapidement une fille habillée bizarrement et trop maquillée) et regardent le grand mur, ou deux véritables cages sont suspendues au dessus de la piste de danse. Dans chacune d'elles, une fille a moitié nue se déhanche au son d'une musique rythmée. D'une certaine maniere, c'est un saut symbolique du siecle dernier a maintenant. Puisque chacun peut chanter et danser sur de la country, notre mission ici est claire : regarde, écoute, tais-toi ! Les bonnes habitudes des poivrots chantants slovaques ne servent vraiment a rien ici. Vous etes assourdis, aveuglés et abandonnés dans l'immense foule de ce club. La solitude vous suit ou que vous alliez. C'est pourquoi nous nous sommes tus Legy et moi, avons siroté nos bieres en regardant les cages dans lesquelles nous nous serions aussi bien sentis. Nous étions nous aussi en cage mais ce n'était pas aussi frappant. Le grillage autour de nous venait de l'assourdissant mur de musique.
Rendus muets par le spectacle de l'AC-Club nous n'avons pas non plus parlé en revenant a la voiture ! Une nuit froide et éclatante nous entourait au milieu de la ville ou des grattes-ciel rappellent les décors d'un film sur Superman. Il était trop tard pour une longue discussion comme en ont les amis qui se souhaitent la bienvenue et s'embrassent apres de longues années. C'était l'heure d'aller dormir.

(to be continued)

Wednesday, May 13, 2009

A la recherche du Paradis I

A la recherche du Paradis

(PART I)

Story by Gustáv Murín

Au cours de ma puberté, j'ai été surpris d'apprendre qu'un Paradis existait sur Terre et qu'il se divisait en Paradis slovaque et en Paradis tcheque. Il ne fut pas difficile de convaincre mes amis campeurs de choisir le premier des deux pour l'une de nos expéditions. Comme nous n'avions pas beaucoup d'argent, nous nous étions munis pour la route des instruments de survie fondamentaux suivants : un lot de soupes en sachets, deux cartouches de cigarettes sans filtres de marque Bystrica et une bouteille de borovička. Nous avions l'impression d'etre parfaitement équipés pour la version slovaque du Paradis.

Le chef de notre expédition, surnommé Monty, avait estimé a une semaine le temps nécessaire pour traverser le Paradis slovaque. Apres avoir atteint notre point de départ, un hameau qui comme dans les proverbes s'appelait Stratená (Perdue), nous avons constaté que notre tâche était réalisable en une rapide demi-journée de marche. Cela nous a tellement choqué (et a ébranlé notre confiance envers le guide) que nous avons grimpé la colline la plus proche, y avons allumé un feu et sifflé a trois toute la bouteille de borovička, ce qui nous a mis a terre pour les deux jours suivants.

Lorsque le troisieme jour nous avons été plus ou moins capables de bouger, nous nous sommes dirigés en suivant la carte vers le ravin de Rotter, que nous tenions tous trois pour quelque chose d'exotique qu'il fallait visiter au Paradis. On ne peut pas vraiment dire que nous avons visité le ravin de Rotter. Nous sommes presque littéralement tombés dedans, et ce lors d'un long schuss sur les fesses, nous agrippant parfois a des racines qui sortaient de terre ou a des troncs d'arbres. Le versant du ravin est en fait si raide, que pour Legy, le troisieme d'entre nous, une descente pas franchement contrôlée a brusquement provoqué une accélération du métabolisme. Comme il l'affirma, le besoin de se soulager avait été si grand et si pressant, que pendant que nous poursuivions avec Monty notre téméraire voyage sur les fesses, notre ami (le sac au dos et s'accrochant a l'arbre le plus proche) avait utilisé la meme partie du corps quelque part au milieu de la pente abrupte pour un besoin corporel assez indigne du Paradis. Ce fut notre premier enseignement : le Paradis slovaque n'affranchit pas des besoins corporels.

Nous allions vérifier assez rapidement la validité de cet enseignement. Le fond du ravin de Rotter est seulement constitué d'un ruisseau et d'un étroit sentier. C'est a peine si nous avons trouvé sur le petit morceau de terre sableuse un endroit un tant soit peu convenable pour y passer la nuit et c'est alors qu'est survenu un nouveau probleme : le pain nous manquait. Nous avons essayé de faire taire notre faim avec les cigarettes et les soupes en sachets. Seulement voila, du pain c'est du pain (deuxieme enseignement d'importance du Paradis slovaque !) et la-dessus notre guide a eu une idée géniale. Nous avons mélangé dans un chaudron tous les sachets de soupe portant l'inscription Bramboračka1 (N'ai-je pas mentionné qu'il existe aussi un Paradis tcheque ?) dont il devait parait-il se former une matiere tres semblable au pain. Dans cet espoir, nous sommes restés assis devant le feu toute la soirée. Nous fumions et mélangions cette étrange matiere bouillonnante en passant en revue les différents moyens de lutte contre la faim. Hélas, meme apres des heures de ce pieux rituel, le contenu du chaudron n'avait toujours pas l'air plus appétissant qu'au début et Monty, notre guide, déclara que le meilleur moment serait celui de notre réveil le lendemain, quand le mélange refroidi aurait laissé place au substitut de pain désiré. Durant la nuit, j'ai revé de la façon dont levait cette véritable pâte a pain dans le chaudron. Et au petit matin, je suis sorti en courant de la tente avec la ferme conviction d'etre le premier a confirmer la phrase biblique : " il partagea le pain et le distribua ". Seulement, le mélange a l'intérieur du chaudron ressemblait a tout sauf a quelque chose pouvant etre distribué. Sans parler de l'impossibilité de le partager. La croute épaisse et dégoutante du dessus nous dissuadait de le faire. Nous avions faim et ne savions pas ce qui allait suivre. On commença a faire du thé, a fumer cigarette sur cigarette et a se quereller. C'est alors qu'est apparu un authentique ange : un touriste tcheque et sa femme (parole d'honneur d'ancien membre de la Jeunesse communiste slovaque!). Ils marchaient dans le coin au petit matin et lui s'était arreté pour nous demander sur un ton jovial de campeur ce qui nous attendait de bon pour le petit déjeuner. La question de savoir pourquoi il avait abordé trois adolescents d'apparence certainement peu amene et qui plus est en état de famine et d'énervement avancé reste un mystere. Nous avons riposté que du thé et une marche pour du pain nous attendaient, ce a quoi il a répondu en sortant le sandwich qu'il avait préparé pour toute une journée de randonnée, il nous l'a donné, nous a salué et, comme les anges bibliques, il a disparu. Et sa femme aussi.
Nous nous sommes partagés le pain et, suivant les instances de Monty (qui était le seul a posséder une carte) nous nous sommes mis en marche pour le village le plus proche, nommé Vernár. D'apres notre expérience de son appréciation des distances, nous avions évalué la durée du chemin a deux petites heures. Seul le Dieu du Paradis slovaque sait par ou notre meneur éclairé nous a trimballé. Ce calvaire a duré toute la sainte journée et s'est achevé dans la raideur du Golgotha par ou nous étions déja passés, chacun a la force du poignet. Legy, qui s'était déja distingué lors de la descente du funeste ravin mentionné plus haut avait cette fois changé de répertoire. Il est tombé dans le fossé et, exactement dans l'esprit des pseudo films d'aventures soviétiques, il nous a prié de le laisser crever la. De son fossé, il s'est rapidement aperçu que nous n'avions accordé que peu de crédit a sa priere et qu'il ne pouvait y avoir qu'une seule issue : que nous le laissions vraiment crever la.

L'un apres l'autre, nous sommes arrivés dans une taverne de Vernár, l'un apres l'autre. Nous n'étions pas tres loquaces et pas un de nous n'a parlé avant d'avoir mangé six brioches salées et bu trois demi-litres de Kofola. C'est seulement apres avoir mangé et bu que nous avons repris notre querelle au point ou nous l'avions laissée le matin. Ainsi s'acheva notre excursion au Paradis slovaque.

(to be continued)

1 Bramboračka : " soupe de pommes de terre ", en tcheque dans le texte.

Wednesday, May 6, 2009

MICKEY MOUSES II

MICKEY MOUSES
(PART II)
Story by Gustáv Murín

Les souris devaient elles aussi connaître la fin de leur période bénie sous la forme d'une remarquable nouvelle arme chimique appelée...et la je ne me souviens plus, ou plutôt je ne vais pas faire de publicité et nous l'appelerons symboliquement Anti-souris. C'est une substance formidable, qui comme tout ce qui est fatal et léthal, n'agit qu'apres un certain temps. Cela veut dire que vous nourissez les souris de granulés roses pendant quelques jours et qu'environ au cinquieme jour, des choses étranges commencent a se passer. Le poison anti-souris contient en effet certaines substances qui, pour des raisons connues seulement d'elles-memes et de leurs inventeurs, obligent les souris a sortir de leur trou et a littéralement agoniser sous vos yeux. L'empoisonnement a l'Anti-souris occasionne apparemment chez l'animal une sensation de soif et le besoin de sortir a la lumiere. Quoiqu'il en soit, le cinquieme jour, j'ai trouvé dans le jardin pres du puits deux souris tombées au front que nous avons été enterrer selon la tradition avec Veronika et Lucka. Alors que nous nous dirigions vers la porte arriere de la maison, je me suis soudain rendu compte qu'une souris assise sur le seuil nous observait.

Comme si elle s'exposait expres a notre attention. La substance active du poison n'avait pas encore completement anihilé ses réflexes naturelles de fuite et elle s'est donc enfuie un instant plus tard dans le trou de souris voisin, sous la clôture. J'en ai pris acte et ai continué mon chemin, mais apres un instant, la souris s'est une fois de plus mise en travers de mon chemin, exactement au meme endroit. Je pense que memes les spécialistes n'ont qu'une idée réduite de ce qu'il peut se passer dans l'esprit d'une souris, mais cela me paraissait etre la preuve évidente que cette souris-la pensait et qu'a cet instant elle réfléchissait a la maniere dont elle pourrait, dans cette situation de crise, demander la treve a l'homme.

Les souris s'informent peut-etre entre elles que les gens en savent pas mal a ce sujet, mais il serait exagéré de croire qu'elles sachent aussi que nous avons disposons d'un service vétérinaire.
De plus, on peut difficilement compter sur un tel service dans la région d'Orava. C'est pourquoi j'ai choisi l'option chasse. Je venais d'acheter un pistolet a air comprimé manquant a coup sur de précision et me suis résolu a expliquer son utilité a mes enfants.Je l'ai chargé et nous sommes partis de l'autre côté, celui du jardin, a l'affut de la souris a présent dans le cirage.

Debouts, nous attendions, mais je n'avais meme plus envie de viser le trou de la souris, c'est alors que ma petite Veronika m'a tiré par la manche et m'a chuchoté :"Papa, qu'est-ce que tu as sur la chaussure?"

Sur ma chaussure, j'avais notre amie la petite souris. Elle y était assise, regardait en haut vers moi et se disait "puisque vous etes si malins, vous les humains, quand commencerez-vous enfin a regarder sous vos pieds?". J'ai pris pour moi cette leçon et j'ai aussi pris la mignonne petite souris.

Elle s'est laissée emporter sans résistance jusqu'au bocal qui était déja pret a recevoir l'âme souriciere.

Les enfants se réjouissaient de ce jardin zoologique domestique et moi je méditais a ce que j'allais en faire.

Est-il possible d'aider une petite souris qu'on a essayé aussi farouchement d'empoisonner auparavant?

Ma chere épouse Janina se posa la meme question, et en guise de réponse, se tapota ostensiblement le front tout en me jetant de nouveau un regard lourd de sens. Oui, je l'avoue, je ne sais pas faire de bouche-a-bouche a une souris empoisonnée. Et bien sur j'ai des doutes quant au sens que peut avoir le sauvetage d'une souris dont nous voulions nous débarasser a l'origine.
Du coup, j'ai fait ce qu'ont l'habitude de faire les intellectuels lorsqu'ils ne parviennent pas a se décider : rien. C'était peut-etre plus humain, ou plutôt plus "sourissain".

La souris remplissait une fonction didactique. Au bout d'un moment nos cheres filles se sont lassées et sont parties jouer, pendant que la souris achevait lentement de respirer l'air du bocal et s'est éteinte, a moins que ce ne soit du au poison. Je n'en sais rien. Ce que je sais c'est que depuis ce moment-la je n'utilise plus le poison a souris Anti-souris. Je suis revenu au bon vieux piege a souris mécanique, mortel a cent pour cent et ne soulevant pas de questions philosophiques. Et parfois la nuit, quand je ne peux m'endormir, j'écoute en attendant qu'il claque.


(The End)

Traduit par Antoine Bienvenu, Guy Chayvialle et Diana Lemay

Wednesday, April 29, 2009

MICKEY MOUSES I

MICKEY MOUSES
(PART I)
Story by Gustáv Murín

Petit garçon, j'aimais beaucoup m'amuser a dessiner toutes sortes de Mickey Mouse. Mais avoir ce genre de famille de Mickeys dans la maison de campagne est loin d'etre un délice. Avec le temps, on s'habitue a ce qu'ils dévorent les provisions ( et surtout a ce qu'ils détruisent plus qu'ils ne consomment). Vous vous dites, pauvre souris, elle ne tire pas grande chose de la vie, alors au moins qu'elle profite de ce petit festin. C'est ce que vous vous diriez si vous étiez un défenseur de la nature, de surcroit des animaux. Le "de surcroit" est important car l'activité des défensseurs fanatiques des animaux a tres peu en commun avec la nature. C'est pourquoi je pense qu'ils devraient etre plus conséquents et protéger aussi les souris ( il paraît qu'ils protegent déja les moustiques). Ils devraient surtout protéger les souris de notre maison de campagne et ce en les emportant chez eux. Chaque spécimen de cette bestiole parasite a en effet une terrible habitude qu'avec le temps il ne fait que trop connaître. Cela peut en effet vous faire tourner en bourrique si en revenant dans le chalet au printemps vous y découvrez dans vos draps une souris reposant élegamment sur ses omoplates, caxchée jusqu'au menton et tout simplement crevée. Et je ne parle meme pas de ses amies qui ont complétement mouillé la couette en pissant lors de la levée du corps en pleurant sa disparition.

Nous avons utilisé contre les souris toutes les armes disponibles, autorisées ou interdites. Mais il est vrai que le passage a tabac d'une famille de souris occasionnera la venue d'une autre famille dans les lieux devenus vacants, comme si cela avait été écrit dans le journal local d'annonces pour souris.

La souris domestique tient son appellation officielle du fait qu'elle s'installe chez vous et qu'au début, vous essayez de vous y faire. Ensuite vous recevez de la visite ce qui veut dire que meme la souris domestique doit partir.

Nous avons le plus crié autour de la souris lors de la premiere visite d'une famille d'amis de Prague.

Invités dans la maison, souris hors de la maison.Du moins, c'est comme cela que nous l'imaginions. Le combat était avant tout psychologique car nous n'y étions absolument pas préparés, surtout d'un point de vue psychique. Au désespoir, j'ai pris ce qu'il m'est venu sous la main; une boîte rouillée de granules empoisonnées qui se trouvait dans le débaras. Les souris dévoraient les granules comme des framboises et encore il y en avit peu. Je dois avouer que ce fut encore pire avec la deuxieme dose de muort-aux-rats (déja achetée). Les souris l'avaient mangée alors que le paquet se trouvait encore sur l'étagere, avant que je n'ai eu le temps d'ouvrir le sachet et de l'utiliser. Nous avons du prendre conscience de leur appétit puisque l'hiver venu, ils consommaient déja couramment la moitié de nos réserves de savon. Il était clair que la situation exigeait une solution immédiate.

Dans la famille d'invités, il y avait aussi un petit Filip de six ans. Le fait que les souris poursuivent ce fragile enfant de la ville nous apparut a tous comme la preuve de notre impuissance. A ce moment la (comme toujours d'ailleurs) notre voisin L'ubos de Havirov est intervenu et pour résoudre le probleme (comme toujours d'ailleurs), il s'est servi de la toute derniere trouvaille de la technique : une sirene anti-souris a ultra-sons. Une sirene anti-souris a ultra-sons est une petite chose blanche avec une prise de courant. Aujourd'hui encore je n'ai pas compris comment marchait cet appareil. Soit les souris l'avaient pris pour l'équipement d'un nouveau type de discotheque et dansaient sur l'ultra-son dans leurs trous (et ne dérangeaient donc pas les invités dans leur sommeil) ou alors, l'ultra-son endormait efficacement les parents a bout de nerfs a force de guetter l'attaque des souris sur leur enfant. En bref, les rapports d'activité nocturne des souris étaient au plus bas. Les conséquences de leurs actes : des trous rongés dans du beurre ou des sachets de soupe en aluminium étaient les memes qu'avant. C'est alors que le chef de la famille invitée se résolut a mettre en oeuvre une tres efficace guerre psychologique. La guerre psychologique a, comme nous le savons, des effets sur le psychisme et puisque nous ne pouvions pas agir sur celui des souris, le cher pere s'attaqua au psychisme de son propre enfant.

Il passa un accord avec son petit Filip. Si ce jeune homme prometteur trouve une souris quelque part et (attention, c'est la qu'intervient la psychologie!) lui croque la tete, il aura comme récompense une prime d'objectif de 10 euros. C'est la que l'on voit a quel point un parent doit etre prudent avant de faire un pari avec sa propre progéniture.

Le petit Filip aurait facilement rempli la premiere condition, mais nous avons tous unanimement douté qu'il puisse croquer la tete ( en terme spécialisé "décapiter") d'une souris vivante et comme cela s'avéra, cette partie de l'accord n'a heureusement pas été honorée malgre la détermination du jeune chasseur. C'est pour cela que jusqu'a aujourd'hui nous avons dans notre maison de campagne des panneaux de signalisation Défense d'entrer peints par la petite main de Filip avec l'inscription "Attention, souris dangereuses !"

A peine les invités partis, je me suis résolu a mener un véritable combat d'extermination et j'achetai quatre pieges a souris. Je les plaçai chaque nuit et chaque nuit ils se refermaient infailliblement. Nos chers enfants se réjouissaient d'avance du rituel matinal immuable, a savoir, des funérailles des souris mortes au combat.

Grâce a cela nous avons installé sur la prairie voisine un cimetiere pour souris tout a fait approprié. La partie semblait gagnée mais une nuit l'esprit des souris s'insinua jusqu'a la cuisine ou nous dormons. J'étais persuadé que ça ne pouvait pas etre une souris puisque j'avais auparavant inspecté tous les interstices du plancher et m'étais assuré que meme une femelle moustique en cloque ne pourrait passer par la.

L'esprit des souris bruissait sans cesse dans le carton contenant du papier d'allumage. C'était une véritable provocation en duel. Je réveillai ma chere épouse Janina et l'invitai a m'assister dans ce safari souricier. L'esprit des souris se révéla etre en fait un souriceau et je me résolus (étant donné l'âge et l'occasion didactique de montrer cette créature aux enfants) a le prendre en chasse. Comme le sait bien ma bonne épouse Janina, une telle décision met d'habitude toute notre famille en état d'alerte.

La mobilisation accélérée de la parentele fonctionne suivant le systeme du "donne - pose- tiens" alors que pour ma part je me réfugie dans une tranquille immobilité sur le poste de commandement et je donne des ordres.

Mais cette fois-ci je décidai de mettre la main a la pâte. La petite souris dans sa betise s'était fourrée dans le repli de l' emballage transparent d'un quelconque jouet de nos rejetons. Il suffisait de placer l'orifice de l'emballage contre le carton et de le faire glisser doucement jusqu'au bord ce qui devait avoir comme effet de faire tomber la petite souris dans un bocal en verre préparé a l'avance.

Ma bonne épouse n'avait qu'une petite tâche, celle de "seulement" tenir ce bocal et de le refermer a temps. L'opération s'est déroulée comme prévu, jusqu'a l'ultime étape. La souris est tombée dans le bocal mais elle n'a pas pu profiter de sa prison d'honneur.

Au lieu de mettre fin aux tentatives d'évasion de la souris en refermant rapidement le bocal, Janina ne faisait que gémir doucement (car a la différence de la souris, elle faisait attention aux enfants qui dormaient) et le temps qu'elle s'arrete, la souris n'était plus la. Le temps de se jeter un regard réprobateur (vous connaissez sans doute ces regards entre époux qui additionnent les fautes commises par l'autre au cours de la derniere décennie), nous avons entendu retentir a travers le mur le petit claquement du piege posé dans le cellier. C'était la fin de l'esprit souricier. Mais il faut ajouter que nos enfants devaient encore avoir l'occasion de voir la souris domestique en vrai.


(to be continued)

Wednesday, April 22, 2009

LE MONDE EST PETIT

LE MONDE EST PETIT
Avant mon premier voyage au Mexique, a l'occasion d'un congres d'écrivain, je ne savais rien de ce pays. Je ne savais meme pas qu'un de mes collegues, scientifique, y était déja pour un stage d'un an. Quand j'ai décidé enfin de prendre contact avec lui, tout semblait désespéré. Il ne répondait pas a mes messages envoyés par fax. Il s'est avéré plus tard qu'il ne le pouvait pas. Le fax du bureau du laboratoire venait d'etre volé. Mon télégramme, dont le cout de l'envoi représentait deux mois de budget du laboratoire pour les frais de correspondance, ne lui est jamais arrivé. Les contacts par courrier électronique n'étaient pas possibles et j'ai envoyé une lettre alors qu'il était, d'apres toutes mes expériences avec la poste, déja trop tard.

Or justement cette lettre est arrivée contre toute attente une semaine plus tôt que prévu, un jour avant mon envol. Mon collegue m'a appelé aussitôt et nous avons donc pu nous dire au dernier moment que j'arrivais par avion et qu'il m'attendrait a l'aéroport de Mexico. Et je suis parti.

Mon voyage a été d'autant plus excitant que non seulement c'était la premiere fois que j'allais au Mexique, mais que de Mexico je devais me rendre au plus vite a Guadalajara, a des centaines de kilometres de la. Dans mon voyage dans l'inconnu mon collegue a fait parfaitement son devoir en matiere de rafraîchissement. Il m'a accueilli a l'aéroport et m'a fait connaître la biere locale de marque Montejo ainsi qu'une soupe qu'on appelait pozole. Il m'a fait aussi un discours détaillé sur ce que je devais, pouvais et ne devais pas faire. Le soir il m'a mis dans l'autocar pour Guadalajara et m'a souhaité un bon voyage.

Celui qui a voyagé sur les lignes mexicaines d'autocar de nuit sait qu'il y a la un luxe que l'on ne voit meme pas chez nous sur les lignes internationales. J'aurais donc du me trouver bien et a l'aise mais je ne l'étais pas car je filais de nuit vers un endroit inconnu. Au niveau des gares de péage, l'autoroute était jalonnée non seulement de gardes militaires mais aussi de gardes civils étranges en poncho, aussi armés que si nous avions traversés une ligne de front. Jusqu'a Guadalajara je n'ai pas beaucoup dormi.

Vers cinq heures du matin je suis descendu finalement a la gare routiere de Guadalajara. C'étaient mes douze premieres heures sur le sol mexicain et, pour le moment, je n'avais vu du Mexique que l'intérieur d'un autocar sombre. Une autre épreuve m'attendait maintenant: trouver un taxi pour aller a l'hôtel. Et il n'y a rien de simple a cela. Dans de telles situations un étranger a deux problemes : ne pas se faire voler quand il paie la course et ne pas se faire voler autre chose pendant la course. Pendant leur voyage pour le meme congres, des collegues danois s'étaient fait voler la nuit a une heure tardive en plein centre de Mexico. Un petit taxi vert sous licence d'état les avait conduit dans une ruelle transversale ou les compagnons de bouteille du chauffeur les attendaient déja. C'est pourquoi j'avais reçu a la fois un bon conseil et un avertissement de mon collegue. Le bon conseil était de chercher une station de taxi annonçant " Pre-paid taxi ". Au Mexique (mais aussi ailleurs, par exemple en Inde ou en Malaisie) on a sagement institué la course de taxi payée a l'avance. Vous annoncez votre destination, on vous encaisse et on vous donne un reçu, puis un taxi vous emmene ou il faut. J'attendais la deuxieme possibilité, celle de me faire voler sur le siege branlant a l'arriere du taxi, avec une totale résignation. J'étais recouvert de bagages et dans ma tete je remettais dans l'ordre deux coups de karaté que j'avais appris. L'un était supposé mortel mais je les confondais toujours. Avoir peur n'est pas dans mes habitudes mais se faire des illusions non plus. Mon collegue m'avait prévenu qu'il fallait s'attendre au pire si le taxi s'arretait de lui-meme dans un parc obscur. Et justement nous en sommes arrivés la.

Les rues de Guadalajara étaient désertes a cette heure matinale et nous roulions depuis longtemps quand le taxi s'est arreté brusquement au bord d'un parc inconnu et sombre. J'ai regardé rapidement autour de moi pour savoir de quel côté viendrait l'attaque. Mais dans cette rue déserte, nous étions seuls. Incrédule, je regardais le chauffeur de taxi. Il ne m'avait ni conduit a l'hôtel, ni volé - que pouvait bien me vouloir cet hurluberlu? J'avais annoncé le nom de l'hôtel " Plazza del Sol " au chauffeur a notre départ. Le brave homme m'avait bien conduit, mais a une place qui s'appelait " Plazza del Sol ". Quand il m'a fait le geste international pour dire que nous étions arrivés, il était clair que j'avais un petit probleme tout a fait inattendu. Je n'avais dans toute cette ville de Guadalajara de plusieurs millions d'habitants pas d'autre point de repere que ce nom d'hôtel " Plazza del Sol ", qui par un coup du sort était le meme que celui de cette place et parc déserts. Le chauffeur de taxi ne comprenait pas l'anglais et je ne connaissais pas l'espagnol. Je peux vous assurer qu'on se sent particulierement seul au monde, quand son propre chauffeur de taxi ne comprend pas ce qu'on dit. Il était hors de question de descendre avec tous mes bagages. Je n'avais nulle part ou aller et un autre chauffeur de taxi n'apporterait rien de mieux. Je ne savais pas quoi dire de plus au chauffeur que répéter " Plazza del Sol ". A cela il répondait en remuant complaisamment la tete et me proposait de descendre. Aux échecs, on appelle ça etre pat.
Dans la pénombre matinale je regardais autour de moi, désabusé. Dans ce pays inconnu et dans une ville inconnue, a des milliers de kilometres de chez moi, j'attendais de tomber sur quelque chose, un indice, un signe du ciel qui me redonnerait espoir et m'encouragerait a continuer. Et j'en ai trouvé un. Du côté du taxi ou j'étais assis, il y avait une longue rangée de petits bâtiments qui formait le plus petit côté de cette place rectangulaire. Tous ces bâtiments étaient des boutiques ou des restaurants. Tous étaient fermés et sans lumiere. Seul un, justement celui devant lequel nous nous trouvions, chassait l'obscurité d'une grande inscription en néon sur laquelle un unique mot brillait : SLOVENSKO. Tout d'abord cela me sembla etre une hallucination due a mon manque de sommeil. Cette inscription n'avait rien a faire ni ici ni ailleurs sinon en Slovaquie car elle était vraiment écrite en slovaque. Ce n'était pas l'anglais SLOVAKIA ni l'espagnol ESLOVACA, mais bien le SLOVENSKO de chez nous. Personne d'autre ne pouvait l'avoir écrite qu'un Slovaque qui s'était égaré la, longtemps avant moi. De toute évidence, il avait non seulement survécu mais encore fait faire ce message rappelant notre commune patrie. En regardant cette enseigne de néon, j'ai compris que je ne pouvais pas me perdre ici.

Nous avons trouvé peu apres l'hôtel " Plazza del Sol ", a l'angle opposé de la place.
Traduit par Matthieu Guinard

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