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Wednesday, May 13, 2009

A la recherche du Paradis I

A la recherche du Paradis

(PART I)

Story by Gustáv Murín

Au cours de ma puberté, j'ai été surpris d'apprendre qu'un Paradis existait sur Terre et qu'il se divisait en Paradis slovaque et en Paradis tcheque. Il ne fut pas difficile de convaincre mes amis campeurs de choisir le premier des deux pour l'une de nos expéditions. Comme nous n'avions pas beaucoup d'argent, nous nous étions munis pour la route des instruments de survie fondamentaux suivants : un lot de soupes en sachets, deux cartouches de cigarettes sans filtres de marque Bystrica et une bouteille de borovička. Nous avions l'impression d'etre parfaitement équipés pour la version slovaque du Paradis.

Le chef de notre expédition, surnommé Monty, avait estimé a une semaine le temps nécessaire pour traverser le Paradis slovaque. Apres avoir atteint notre point de départ, un hameau qui comme dans les proverbes s'appelait Stratená (Perdue), nous avons constaté que notre tâche était réalisable en une rapide demi-journée de marche. Cela nous a tellement choqué (et a ébranlé notre confiance envers le guide) que nous avons grimpé la colline la plus proche, y avons allumé un feu et sifflé a trois toute la bouteille de borovička, ce qui nous a mis a terre pour les deux jours suivants.

Lorsque le troisieme jour nous avons été plus ou moins capables de bouger, nous nous sommes dirigés en suivant la carte vers le ravin de Rotter, que nous tenions tous trois pour quelque chose d'exotique qu'il fallait visiter au Paradis. On ne peut pas vraiment dire que nous avons visité le ravin de Rotter. Nous sommes presque littéralement tombés dedans, et ce lors d'un long schuss sur les fesses, nous agrippant parfois a des racines qui sortaient de terre ou a des troncs d'arbres. Le versant du ravin est en fait si raide, que pour Legy, le troisieme d'entre nous, une descente pas franchement contrôlée a brusquement provoqué une accélération du métabolisme. Comme il l'affirma, le besoin de se soulager avait été si grand et si pressant, que pendant que nous poursuivions avec Monty notre téméraire voyage sur les fesses, notre ami (le sac au dos et s'accrochant a l'arbre le plus proche) avait utilisé la meme partie du corps quelque part au milieu de la pente abrupte pour un besoin corporel assez indigne du Paradis. Ce fut notre premier enseignement : le Paradis slovaque n'affranchit pas des besoins corporels.

Nous allions vérifier assez rapidement la validité de cet enseignement. Le fond du ravin de Rotter est seulement constitué d'un ruisseau et d'un étroit sentier. C'est a peine si nous avons trouvé sur le petit morceau de terre sableuse un endroit un tant soit peu convenable pour y passer la nuit et c'est alors qu'est survenu un nouveau probleme : le pain nous manquait. Nous avons essayé de faire taire notre faim avec les cigarettes et les soupes en sachets. Seulement voila, du pain c'est du pain (deuxieme enseignement d'importance du Paradis slovaque !) et la-dessus notre guide a eu une idée géniale. Nous avons mélangé dans un chaudron tous les sachets de soupe portant l'inscription Bramboračka1 (N'ai-je pas mentionné qu'il existe aussi un Paradis tcheque ?) dont il devait parait-il se former une matiere tres semblable au pain. Dans cet espoir, nous sommes restés assis devant le feu toute la soirée. Nous fumions et mélangions cette étrange matiere bouillonnante en passant en revue les différents moyens de lutte contre la faim. Hélas, meme apres des heures de ce pieux rituel, le contenu du chaudron n'avait toujours pas l'air plus appétissant qu'au début et Monty, notre guide, déclara que le meilleur moment serait celui de notre réveil le lendemain, quand le mélange refroidi aurait laissé place au substitut de pain désiré. Durant la nuit, j'ai revé de la façon dont levait cette véritable pâte a pain dans le chaudron. Et au petit matin, je suis sorti en courant de la tente avec la ferme conviction d'etre le premier a confirmer la phrase biblique : " il partagea le pain et le distribua ". Seulement, le mélange a l'intérieur du chaudron ressemblait a tout sauf a quelque chose pouvant etre distribué. Sans parler de l'impossibilité de le partager. La croute épaisse et dégoutante du dessus nous dissuadait de le faire. Nous avions faim et ne savions pas ce qui allait suivre. On commença a faire du thé, a fumer cigarette sur cigarette et a se quereller. C'est alors qu'est apparu un authentique ange : un touriste tcheque et sa femme (parole d'honneur d'ancien membre de la Jeunesse communiste slovaque!). Ils marchaient dans le coin au petit matin et lui s'était arreté pour nous demander sur un ton jovial de campeur ce qui nous attendait de bon pour le petit déjeuner. La question de savoir pourquoi il avait abordé trois adolescents d'apparence certainement peu amene et qui plus est en état de famine et d'énervement avancé reste un mystere. Nous avons riposté que du thé et une marche pour du pain nous attendaient, ce a quoi il a répondu en sortant le sandwich qu'il avait préparé pour toute une journée de randonnée, il nous l'a donné, nous a salué et, comme les anges bibliques, il a disparu. Et sa femme aussi.
Nous nous sommes partagés le pain et, suivant les instances de Monty (qui était le seul a posséder une carte) nous nous sommes mis en marche pour le village le plus proche, nommé Vernár. D'apres notre expérience de son appréciation des distances, nous avions évalué la durée du chemin a deux petites heures. Seul le Dieu du Paradis slovaque sait par ou notre meneur éclairé nous a trimballé. Ce calvaire a duré toute la sainte journée et s'est achevé dans la raideur du Golgotha par ou nous étions déja passés, chacun a la force du poignet. Legy, qui s'était déja distingué lors de la descente du funeste ravin mentionné plus haut avait cette fois changé de répertoire. Il est tombé dans le fossé et, exactement dans l'esprit des pseudo films d'aventures soviétiques, il nous a prié de le laisser crever la. De son fossé, il s'est rapidement aperçu que nous n'avions accordé que peu de crédit a sa priere et qu'il ne pouvait y avoir qu'une seule issue : que nous le laissions vraiment crever la.

L'un apres l'autre, nous sommes arrivés dans une taverne de Vernár, l'un apres l'autre. Nous n'étions pas tres loquaces et pas un de nous n'a parlé avant d'avoir mangé six brioches salées et bu trois demi-litres de Kofola. C'est seulement apres avoir mangé et bu que nous avons repris notre querelle au point ou nous l'avions laissée le matin. Ainsi s'acheva notre excursion au Paradis slovaque.

(to be continued)

1 Bramboračka : " soupe de pommes de terre ", en tcheque dans le texte.

Wednesday, May 6, 2009

MICKEY MOUSES II

MICKEY MOUSES
(PART II)
Story by Gustáv Murín

Les souris devaient elles aussi connaître la fin de leur période bénie sous la forme d'une remarquable nouvelle arme chimique appelée...et la je ne me souviens plus, ou plutôt je ne vais pas faire de publicité et nous l'appelerons symboliquement Anti-souris. C'est une substance formidable, qui comme tout ce qui est fatal et léthal, n'agit qu'apres un certain temps. Cela veut dire que vous nourissez les souris de granulés roses pendant quelques jours et qu'environ au cinquieme jour, des choses étranges commencent a se passer. Le poison anti-souris contient en effet certaines substances qui, pour des raisons connues seulement d'elles-memes et de leurs inventeurs, obligent les souris a sortir de leur trou et a littéralement agoniser sous vos yeux. L'empoisonnement a l'Anti-souris occasionne apparemment chez l'animal une sensation de soif et le besoin de sortir a la lumiere. Quoiqu'il en soit, le cinquieme jour, j'ai trouvé dans le jardin pres du puits deux souris tombées au front que nous avons été enterrer selon la tradition avec Veronika et Lucka. Alors que nous nous dirigions vers la porte arriere de la maison, je me suis soudain rendu compte qu'une souris assise sur le seuil nous observait.

Comme si elle s'exposait expres a notre attention. La substance active du poison n'avait pas encore completement anihilé ses réflexes naturelles de fuite et elle s'est donc enfuie un instant plus tard dans le trou de souris voisin, sous la clôture. J'en ai pris acte et ai continué mon chemin, mais apres un instant, la souris s'est une fois de plus mise en travers de mon chemin, exactement au meme endroit. Je pense que memes les spécialistes n'ont qu'une idée réduite de ce qu'il peut se passer dans l'esprit d'une souris, mais cela me paraissait etre la preuve évidente que cette souris-la pensait et qu'a cet instant elle réfléchissait a la maniere dont elle pourrait, dans cette situation de crise, demander la treve a l'homme.

Les souris s'informent peut-etre entre elles que les gens en savent pas mal a ce sujet, mais il serait exagéré de croire qu'elles sachent aussi que nous avons disposons d'un service vétérinaire.
De plus, on peut difficilement compter sur un tel service dans la région d'Orava. C'est pourquoi j'ai choisi l'option chasse. Je venais d'acheter un pistolet a air comprimé manquant a coup sur de précision et me suis résolu a expliquer son utilité a mes enfants.Je l'ai chargé et nous sommes partis de l'autre côté, celui du jardin, a l'affut de la souris a présent dans le cirage.

Debouts, nous attendions, mais je n'avais meme plus envie de viser le trou de la souris, c'est alors que ma petite Veronika m'a tiré par la manche et m'a chuchoté :"Papa, qu'est-ce que tu as sur la chaussure?"

Sur ma chaussure, j'avais notre amie la petite souris. Elle y était assise, regardait en haut vers moi et se disait "puisque vous etes si malins, vous les humains, quand commencerez-vous enfin a regarder sous vos pieds?". J'ai pris pour moi cette leçon et j'ai aussi pris la mignonne petite souris.

Elle s'est laissée emporter sans résistance jusqu'au bocal qui était déja pret a recevoir l'âme souriciere.

Les enfants se réjouissaient de ce jardin zoologique domestique et moi je méditais a ce que j'allais en faire.

Est-il possible d'aider une petite souris qu'on a essayé aussi farouchement d'empoisonner auparavant?

Ma chere épouse Janina se posa la meme question, et en guise de réponse, se tapota ostensiblement le front tout en me jetant de nouveau un regard lourd de sens. Oui, je l'avoue, je ne sais pas faire de bouche-a-bouche a une souris empoisonnée. Et bien sur j'ai des doutes quant au sens que peut avoir le sauvetage d'une souris dont nous voulions nous débarasser a l'origine.
Du coup, j'ai fait ce qu'ont l'habitude de faire les intellectuels lorsqu'ils ne parviennent pas a se décider : rien. C'était peut-etre plus humain, ou plutôt plus "sourissain".

La souris remplissait une fonction didactique. Au bout d'un moment nos cheres filles se sont lassées et sont parties jouer, pendant que la souris achevait lentement de respirer l'air du bocal et s'est éteinte, a moins que ce ne soit du au poison. Je n'en sais rien. Ce que je sais c'est que depuis ce moment-la je n'utilise plus le poison a souris Anti-souris. Je suis revenu au bon vieux piege a souris mécanique, mortel a cent pour cent et ne soulevant pas de questions philosophiques. Et parfois la nuit, quand je ne peux m'endormir, j'écoute en attendant qu'il claque.


(The End)

Traduit par Antoine Bienvenu, Guy Chayvialle et Diana Lemay

Wednesday, April 29, 2009

MICKEY MOUSES I

MICKEY MOUSES
(PART I)
Story by Gustáv Murín

Petit garçon, j'aimais beaucoup m'amuser a dessiner toutes sortes de Mickey Mouse. Mais avoir ce genre de famille de Mickeys dans la maison de campagne est loin d'etre un délice. Avec le temps, on s'habitue a ce qu'ils dévorent les provisions ( et surtout a ce qu'ils détruisent plus qu'ils ne consomment). Vous vous dites, pauvre souris, elle ne tire pas grande chose de la vie, alors au moins qu'elle profite de ce petit festin. C'est ce que vous vous diriez si vous étiez un défenseur de la nature, de surcroit des animaux. Le "de surcroit" est important car l'activité des défensseurs fanatiques des animaux a tres peu en commun avec la nature. C'est pourquoi je pense qu'ils devraient etre plus conséquents et protéger aussi les souris ( il paraît qu'ils protegent déja les moustiques). Ils devraient surtout protéger les souris de notre maison de campagne et ce en les emportant chez eux. Chaque spécimen de cette bestiole parasite a en effet une terrible habitude qu'avec le temps il ne fait que trop connaître. Cela peut en effet vous faire tourner en bourrique si en revenant dans le chalet au printemps vous y découvrez dans vos draps une souris reposant élegamment sur ses omoplates, caxchée jusqu'au menton et tout simplement crevée. Et je ne parle meme pas de ses amies qui ont complétement mouillé la couette en pissant lors de la levée du corps en pleurant sa disparition.

Nous avons utilisé contre les souris toutes les armes disponibles, autorisées ou interdites. Mais il est vrai que le passage a tabac d'une famille de souris occasionnera la venue d'une autre famille dans les lieux devenus vacants, comme si cela avait été écrit dans le journal local d'annonces pour souris.

La souris domestique tient son appellation officielle du fait qu'elle s'installe chez vous et qu'au début, vous essayez de vous y faire. Ensuite vous recevez de la visite ce qui veut dire que meme la souris domestique doit partir.

Nous avons le plus crié autour de la souris lors de la premiere visite d'une famille d'amis de Prague.

Invités dans la maison, souris hors de la maison.Du moins, c'est comme cela que nous l'imaginions. Le combat était avant tout psychologique car nous n'y étions absolument pas préparés, surtout d'un point de vue psychique. Au désespoir, j'ai pris ce qu'il m'est venu sous la main; une boîte rouillée de granules empoisonnées qui se trouvait dans le débaras. Les souris dévoraient les granules comme des framboises et encore il y en avit peu. Je dois avouer que ce fut encore pire avec la deuxieme dose de muort-aux-rats (déja achetée). Les souris l'avaient mangée alors que le paquet se trouvait encore sur l'étagere, avant que je n'ai eu le temps d'ouvrir le sachet et de l'utiliser. Nous avons du prendre conscience de leur appétit puisque l'hiver venu, ils consommaient déja couramment la moitié de nos réserves de savon. Il était clair que la situation exigeait une solution immédiate.

Dans la famille d'invités, il y avait aussi un petit Filip de six ans. Le fait que les souris poursuivent ce fragile enfant de la ville nous apparut a tous comme la preuve de notre impuissance. A ce moment la (comme toujours d'ailleurs) notre voisin L'ubos de Havirov est intervenu et pour résoudre le probleme (comme toujours d'ailleurs), il s'est servi de la toute derniere trouvaille de la technique : une sirene anti-souris a ultra-sons. Une sirene anti-souris a ultra-sons est une petite chose blanche avec une prise de courant. Aujourd'hui encore je n'ai pas compris comment marchait cet appareil. Soit les souris l'avaient pris pour l'équipement d'un nouveau type de discotheque et dansaient sur l'ultra-son dans leurs trous (et ne dérangeaient donc pas les invités dans leur sommeil) ou alors, l'ultra-son endormait efficacement les parents a bout de nerfs a force de guetter l'attaque des souris sur leur enfant. En bref, les rapports d'activité nocturne des souris étaient au plus bas. Les conséquences de leurs actes : des trous rongés dans du beurre ou des sachets de soupe en aluminium étaient les memes qu'avant. C'est alors que le chef de la famille invitée se résolut a mettre en oeuvre une tres efficace guerre psychologique. La guerre psychologique a, comme nous le savons, des effets sur le psychisme et puisque nous ne pouvions pas agir sur celui des souris, le cher pere s'attaqua au psychisme de son propre enfant.

Il passa un accord avec son petit Filip. Si ce jeune homme prometteur trouve une souris quelque part et (attention, c'est la qu'intervient la psychologie!) lui croque la tete, il aura comme récompense une prime d'objectif de 10 euros. C'est la que l'on voit a quel point un parent doit etre prudent avant de faire un pari avec sa propre progéniture.

Le petit Filip aurait facilement rempli la premiere condition, mais nous avons tous unanimement douté qu'il puisse croquer la tete ( en terme spécialisé "décapiter") d'une souris vivante et comme cela s'avéra, cette partie de l'accord n'a heureusement pas été honorée malgre la détermination du jeune chasseur. C'est pour cela que jusqu'a aujourd'hui nous avons dans notre maison de campagne des panneaux de signalisation Défense d'entrer peints par la petite main de Filip avec l'inscription "Attention, souris dangereuses !"

A peine les invités partis, je me suis résolu a mener un véritable combat d'extermination et j'achetai quatre pieges a souris. Je les plaçai chaque nuit et chaque nuit ils se refermaient infailliblement. Nos chers enfants se réjouissaient d'avance du rituel matinal immuable, a savoir, des funérailles des souris mortes au combat.

Grâce a cela nous avons installé sur la prairie voisine un cimetiere pour souris tout a fait approprié. La partie semblait gagnée mais une nuit l'esprit des souris s'insinua jusqu'a la cuisine ou nous dormons. J'étais persuadé que ça ne pouvait pas etre une souris puisque j'avais auparavant inspecté tous les interstices du plancher et m'étais assuré que meme une femelle moustique en cloque ne pourrait passer par la.

L'esprit des souris bruissait sans cesse dans le carton contenant du papier d'allumage. C'était une véritable provocation en duel. Je réveillai ma chere épouse Janina et l'invitai a m'assister dans ce safari souricier. L'esprit des souris se révéla etre en fait un souriceau et je me résolus (étant donné l'âge et l'occasion didactique de montrer cette créature aux enfants) a le prendre en chasse. Comme le sait bien ma bonne épouse Janina, une telle décision met d'habitude toute notre famille en état d'alerte.

La mobilisation accélérée de la parentele fonctionne suivant le systeme du "donne - pose- tiens" alors que pour ma part je me réfugie dans une tranquille immobilité sur le poste de commandement et je donne des ordres.

Mais cette fois-ci je décidai de mettre la main a la pâte. La petite souris dans sa betise s'était fourrée dans le repli de l' emballage transparent d'un quelconque jouet de nos rejetons. Il suffisait de placer l'orifice de l'emballage contre le carton et de le faire glisser doucement jusqu'au bord ce qui devait avoir comme effet de faire tomber la petite souris dans un bocal en verre préparé a l'avance.

Ma bonne épouse n'avait qu'une petite tâche, celle de "seulement" tenir ce bocal et de le refermer a temps. L'opération s'est déroulée comme prévu, jusqu'a l'ultime étape. La souris est tombée dans le bocal mais elle n'a pas pu profiter de sa prison d'honneur.

Au lieu de mettre fin aux tentatives d'évasion de la souris en refermant rapidement le bocal, Janina ne faisait que gémir doucement (car a la différence de la souris, elle faisait attention aux enfants qui dormaient) et le temps qu'elle s'arrete, la souris n'était plus la. Le temps de se jeter un regard réprobateur (vous connaissez sans doute ces regards entre époux qui additionnent les fautes commises par l'autre au cours de la derniere décennie), nous avons entendu retentir a travers le mur le petit claquement du piege posé dans le cellier. C'était la fin de l'esprit souricier. Mais il faut ajouter que nos enfants devaient encore avoir l'occasion de voir la souris domestique en vrai.


(to be continued)

Wednesday, February 11, 2009

HISTOIRE TRISTE D'UN ALPINISTE

                                 HISTOIRE TRISTE D'UN ALPINISTE

Les petits pays n'ont que de petites chaînes de haute montagne. Les Hautes Tatras sont comme un Himalaya de poche. Bien qu'elles soient petites, on peut encore grimper dans des lieux ou on ne risque pas de se faire piétiner par une foule de touristes. Et c'est bien pourquoi notre héros, un petit alpiniste tenace, s'en alla faire une randonnée solitaire sur les plus hautes cretes. Il faisait partie de ceux qui détestent profondément ces masses de touristes qui saccagent l'environnement et ne respectent pas les principes élémentaires de la cohabitation avec la montagne. Il choisit donc un chemin désert pour pouvoir se trouver seul face a la majesté de mere Nature. Mais, comme souvent en montagne, apres quelques heures le temps changea soudain et notre alpiniste comprit que la solitude n'a pas forcément que des agréments. Il se trouva pris dans la tempete sur une pente non protégée. Il luttait contre le vent, la pluie et le froid. Il était perdu et luttait pour survivre. Face aux bourrasques glacées il continuait de lutter a chaque pas, non pour arriver quelque part mais simplement pour bouger et ne pas mourir gelé. Il avançait tres lentement si bien que la nuit le rattrapa. Elle lui rendit en meme temps l'espoir. Grâce a l'obscurité, il vit au loin la petite lumiere d'un refuge isolé. Il marcha encore pendant des heures et la petite lumiere le guida infailliblement, jusqu'a ce qu'enfin, completement épuisé, il s'écroule a l'entrée du refuge chauffé. Le vacarme assourdissant d'un groupe de touristes allemands l'accueillit. Ils étaient montés au refuge dans la matinée par le téléphérique et ils s'étaient rendus directement au bar. La, ils avaient appris qu'il était impossible de redescendre a l'hôtel a cause de la tempete. Ils avaient accepté cette nouvelle avec enthousiasme et l'avaient célébré dans la foulée en commandant une nouvelle tournée de la fameuse borovička, le gin slovaque. Le soir promettait un agréable épisode au bar.

De tout cela, notre héros ne savait rien. Avec l'aide du personnel du lieu, il put boire silencieusement dans un coin un thé brulant et réussit a se traîner non sans peine jusqu'a la grande chambre commune ou il s'effondra tout habillé sur le lit le plus proche. Épuisé, il s'endormit instantanément. Il ne reva pas longtemps : quelque chose l'arracha subitement a sa quasi inconscience. Il ouvrit les yeux et vit pres de lui dans l'obscurité un tableau horrible, une chose immense, brillante et indéfinissable qui s'abattit brutalement sur lui. Elle ressemblait a une lune ou plutôt a deux demi-lunes accolées, si horriblement proches que notre héros en fut pétrifié, comme si le ciel entier s'effondrait sur lui. Avant qu'il puisse pousser un cri de terreur, cet objet dégringola sur notre petit alpiniste sec et musclé. Il eut instantanément le souffle coupé sous le poids de deux gros et robustes corps bien en chair. Le destin voulait que notre héros ne reprît plus sa respiration. Chaque fois qu'il essayait de reprendre son souffle, le poids des deux corps le clouait a nouveau sur le lit, effroyablement, implacablement. Ils étaient tellement immenses que seuls les pieds et les mains de notre héros en dépassaient, minuscules. On aurait dit une souris écrasée sous une chaussure de randonnée a solides crampons. Notre héros n'arriva meme pas a pousser un petit cri de souris. Les deux corps l'étouffaient en mesure et non seulement ils ne lui laissaient pas reprendre sa respiration, mais encore ils chassaient le peu d'air qui restait dans ses poumons. Alors il comprit enfin.

Sur son pauvre corps amaigri et naturellement petit, deux gros tas de graisse faisaient du trampoline, deux monceaux de gelée humaine bien nourris, agités par la sauvagerie soudaine et frénétique de la passion destructrice, sous l'effet d'une quantité démesurée d'alcool. Leur étreinte passionnée était plus terrifiante qu'une avalanche qui, elle, ne tombe qu'une fois. La, deux corps gélatineux s'unissaient en un pilon lubrique de deux cents kilos qui, sans pitié, martelait rythmiquement notre malheureux héros jusqu'a en extirper le moindre soupçon de vie. En vain il essayait de crier. Chaque fois qu'il ouvrait la bouche, un nouveau coup de pilon lui faisait ravaler ses mots. Il ne pouvait meme pas bouger sous cette masse qui, s'il ne mourait pas d'épuisement tres vite, l'acheverait certainement tôt ou tard. Alors, en ce moment cruel ménagé par le destin, notre héros s'aperçut avec horreur qu'il n'était pas si terrible de mourir de froid et d'épuisement en quelque lieu désert, dans une crevasse, ou encore expirer étouffé sous une avalanche. A notre époque de tourisme planétaire une nouvelle mort vous guette, pire encore. Plus horrible car elle est d'une banalité risible et ridicule, a l'opposé de tout romantisme ou de tout héroisme. La mort dans une grandiose solitude au milieu des neiges n'a rien d'affreux a côté de la mort dans la chaleur d'un refuge, la mort sous un couple de touristes allemands bourrés et obeses qui ont décidé par inadvertance de s'adonner au plus grand plaisir de la vie, précisément, sur votre corps épuisé...

Traduit par Matthieu Guinard



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