Wednesday, January 28, 2009

ENDROITS INTERDITS

A peu pres partout dans le monde existent des endroits que ceux qui connaissent les lieux vous conseillent d'éviter. Mais peut-etre nulle part dans le monde n'y en a-t-il autant qu'aux États-Unis. J'ai entendu parler d'une histoire ou quelqu'un a failli perdre la vie dans un quartier de Washington voisin de celui des ambassades, sur et bien gardé. D'autres amis ont eu droit a un souvenir inoubliable a New York, dans le Bronx, pour n'avoir pas écouté le conseil de leurs hôtes et etre allés s'y promener en voiture de location. En s'arretant au feu rouge dans une rue a l'écart, il ne leur est plus resté que la carrosserie de l'auto fermée de l'intérieur. Ils n'ont été libérés qu'une heure apres par une patrouille de police qui passait la par hasard. C'est pourquoi je ne me suis pas étonné que notre hôte de Norfolk, Ron Wray, attire notre attention sur le vilain bâtiment de plain-pied a l'enseigne " Bar Aux Bons Garçons ". Nous nous déplacions en voiture du quartier résidentiel, ou il habitait, vers le campus universitaire a travers un quartier de maisons délabrées.

" N'allez surtout pas la. Cela pourrait vous couter cher ", a fait remarquer Ron d'un air soucieux.

Ce bon conseil nous a été adressé tant a moi-meme qu'a mon collegue slovene. A l'invitation de Ron, Directeur du Centre International des Écrivains de la Old Dominion University de Norfolk, nous avons participé ensemble a la soirée de présentation organisée pour les professeurs et les étudiants de l'université. Ron craignait un peu pour nous, évidemment sans raison. Notre intention n'était certainement pas de papillonner d'un bar a l'autre et, comme étrangers, nous n'aurions certainement pas trouvé celui qu'il nous avait déconseillé de façon si franche.

Notre présentation devait donner l'occasion a la communauté intellectuelle présente de faire la différence entre un écrivain slovaque et un écrivain slovene. Je crains qu'ils n'aient pas saisi cette occasion. Ils ont preté une attention cordiale a nos deux présentations et, lors de la soirée organisée en notre honneur, nous avons eu tous les deux suffisamment bien des occasions d'avoir d'agréables conversations avec les personnalités littéraires locales. La soirée avait lieu au bungalow du campus universitaire ou était logé mon collegue. Comme le temps passait, les invités se sont éclipsés, y compris Ron. Nous sommes restés tous les deux seuls, mon collegue et moi. Il commençait a se faire tard, et nous voulions boire encore un dernier verre. En Slovaquie on dit que " cent fois rien peut abattre meme un éléphant ". Ce verre a malheureusement été le cent et unieme rien que j'ai bu ce soir-la, et j'ai réalisé que cela allait mal. Il ne me restait plus qu'a faire rapidement mes adieux, et a essayer d'arriver le plus vite possible chez Ron, ou je logeais. A la vitesse avec laquelle l'alcool commençait a me monter a la tete, il était clair que plus tôt je serais couché, moins cette soirée aurait de chances d'avoir des conséquences.

Sans hésitation, j'ai souhaité bonne nuit a mon collegue. Je me suis assis dans la voiture de location et me suis mis en route pour la maison de Ron. Ce n'était pas un long trajet, juste quelques rues ; en outre nous l'avions déja parcouru plusieurs fois dans la journée. En plus je me fiais a mon sens de l'orientation qui m'avait déja été utile dans plusieurs villes que je ne connaissais pas. J'étais tout a fait certain que tout irait bien.

Mais cela n'a pas été le cas. De mémoire j'ai tourné dans la premiere rue, puis dans la deuxieme. Dans la troisieme j'ai compris que je me dirigeais mal. J'ai fait demi-tour et j'ai recommencé - premiere rue, deuxieme...tres vite j'ai compris que j'étais perdu. Mais pas completement. Dans le noir et dans le labyrinthe des rues identiques, rectilignes et abandonnées, il me restait un endroit pour m'orienter. Un bâtiment bas a l'enseigne " Bar Aux Bons Garçons ", le bar que Ron nous avait fermement déconseillé. Quoi que je fasse, je tombais dessus. Le labyrinthe des rues me conduisait toujours a lui. Il m'attirait comme un aimant. Je me suis plusieurs fois arreté devant, j'ai a chaque fois essayé une autre direction et je suis toujours retombé sur son enseigne en néon. De loin c'était le seul endroit qui rappelait la vie. Durant tout ce temps je n'avais rencontré ni âme humaine ni voiture. Je n'avais trouvé personne a qui demander mon chemin, tout le quartier semblait mort. Les lumieres aux fenetres étaient déja éteintes. C'était l'heure des esprits et mon errance était comme ensorcelée. La peur m'a dessoulé. Effectivement, on ne peut échapper a son destin. La solution pour cette nuit (si je ne voulais pas dormir dans la voiture dans une des rues sombres de ce quartier suspect) ne se trouvait que dans ce bar. J'ai stoppé devant, j'ai éteint le moteur, fermé l'auto a clé, et je me suis mis en route vers le bâtiment peu engageant, d'ou s'échappaient des cris et du vacarme.

Une personne qui m'aurait vu marcher cette nuit dans le parc a voiture a moitié vide n'aurait pas perçu ce que je vivais. Dans ce domaine, je suis entraîné. Pendant mon service militaire, j'ai osé critiquer dans notre journal de l'unité nos cuisiniers militaires. Ces derniers m'ont fait passer un message me prévenant que je me ferais lyncher publiquement dans la cantine. Je ne pouvais éviter de m'y rendre car je devais manger. Je me souviens donc tres bien de cette impression d'etre un cowboy solitaire qui n'a d'autre solution que d'enfoncer les portes du saloon ou il est attendu par une horde de gens assoiffés de sang. Dans la cantine, tout comme maintenant dans ce bar inconnu d'un quartier peu accueillant d'une ville des États-Unis, j'ai marché d'une maniere assez assurée. Mais sur mon visage j'ai senti un muscle tressaillir de nervosité et j'ai eu l'impression horrible de ne pas pouvoir maîtriser ce tic effrayant. Une fois entré dans ce bar suspect, j'ai ressenti un petit choc. Les bruits et les cris sortaient de grands amplis et de quelques machines a sous qui se trouvaient la. En dehors de cela, il était a moitié vide. Les quelques " Bar Aux Bons Garçons " présents étaient entierement occupés par les machines a sous qui étaient la et ne m'ont meme pas regardé. Le barman, un grand Noir cool, a doucement levé les sourcils lorsque je lui ai expliqué ou je voulais aller. Ensuite, il a hoché la tete, il a quitté son comptoir, m'a emmené devant le bâtiment et m'a montré la bonne direction. J'ai sauté dans la voiture et en quelques rues j'ai été en sécurité dans la maison de Ron.

A propos, pourquoi je vous raconte tout cela ? Je pense que certaines histoires valent la peine d'etre racontées meme s'il ne s'est rien passé du tout.


Traduit par Antoine Ehret




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Wednesday, January 21, 2009

Un ange nommé Milan

Un ange nommé Milan
 Histoire indienne

Tôt ou tard, tout voyageur en arrive la : les anges existent. C'est a dire au moins ces anges qui protegent les gens sur les routes. Habituellement, ils n'ont pas de nom, mais l'un d'eux s'appelle de maniere certaine Milan.

J'ai un collegue avec qui j'effectue pratiquement tous les déplacements (a caractere) scientifique(s). Une fois, de retour d'un congres (scientifique) a Prague, nous n'étions pas assis, chose inhabituelle, l'un a côté de l'autre dans l'autobus. Grâce a cela, lors de l'arret a mi parcours, je trouvais mon collegue en discussion avec un type étonnant, originaire de Slovaquie. Il avait de longs cheveux grisonnants et le visage plein de rides1. Cela ne me surprit pas lorsqu'il dit qu'il avait servi comme colonel dans l'armée rhodésienne. Chacune de ses phrases2 nous confortait dans l'idée qu'un globe-trotter était assis en face de nous. C'était le début des années 90 peu apres la Révolution de velours et ainsi, quand notre nouveau compagnon Milan se mit a nous raconter les péripéties de son voyage a travers Sri Lanka, l'Inde ou le Népal, nous eumes l'impression d'entendre parler un martien3. C'est pourquoi son offre de nous conseiller, si nous nous rendions également la-bas, nous paru etre une plaisanterie. Aussi, je n'accordais aucune importance au fait qu'il offrit sa carte de visite a mon collegue. Ce dernier est si désordonné qu'il était tout a fait capable de la perdre. Et en effet il la perdit.

Quelques années plus tard un de nos article scientifiques eut un tel retentissement que nous reçumes une invitation a faire une conférence en Inde. Et ainsi par hasard, grâce a cette offre, nous avons pu réaliser ce voyage. Les conseils du globe-trotter Milan étaient la seule chose qui nous manquait. Et c'est alors que se produisit le premier miracle. Tôt ou tard, tout voyageur en arrive la : les anges existent. Au moins les anges qui protegent les gens sur les routes. Habituellement ils n'ont pas de nom, mais a coup sur l'un d'entre eux se nomme Milan.

J'ai un collegue avec qui je fais presque tous les déplacements a caractere scientifique. Une fois, de retour d'un congres a Prague, exceptionnellement, nous n'étions pas assis l'un a côté de l'autre dans l'autobus. Grâce a cela, a l'arret de mi-parcours, je trouvai mon collegue en discussion avec un type étonnant, originaire de Slovaquie. Il avait de longs cheveux grisonnants et le visage tout ridé. Cela ne me surpris meme pas lorsqu'il nous dit qu'il avait servi comme colonel dans l'armée rhodésienne. Chacune de ses phrases nous confortait dans l'idée qu'un globe-trotter était assis en face de nous. C'était le début des années 90, peu avant la révolution de velours. Alors quand notre nouveau compagnon Milan se mit a nous raconter les péripéties de ses voyages au Sri Lanka, en Inde ou au Népal, nous eumes l'impression d'entendre parler un martien. C'est pourquoi sa proposition de nous conseiller si nous nous rendions également la-bas nous paru etre une plaisanterie. Aussi je ne le pris pas au sérieux lorsqu'il offrit sa carte de visite a mon collegue. D'ailleurs ce dernier était si désordonné qu'il ne pouvait que la perdre. Et en effet il la perdit.Quelques années plus tard un de nos articles scientifiques eut un tel retentissement que nous fumes invités a une conférence en Inde. Par un heureux concours de circonstances, nous avons pu réaliser ce voyage grâce a une subvention. Les conseils du globe-trotter Milan était la seule chose qui nous manquait. C'est alors que se produisit le premier miracle.

Comme s'il avait deviné nos souhaits, il appela de lui-meme peu apres. Apres quelques années passées sur les routes d'Asie, il était de retour a Bratislava et il était pret a nous rencontrer. Que pouvions nous souhaiter de mieux !

Milan n'avait pas beaucoup changé. Seuls ses cheveux étaient plus gris et son visage davantage ridé. Mais ses récits étaient tout aussi incroyables qu'avant. L'essentiel cependant était sa promesse amicale de nous prodiguer, les apres-midi des quelques vendredis qui nous séparaient encore du départ, de bons conseils sur le voyage. Grâce a cela nous fumes suffisamment bien préparés et le dernier vendredi avant le départ il ne restait plus grand chose a évoquer. Comme j'arrivai un peu en retard, mon collegue était déja parti. Alors Milan et moi restâmes seuls assis a prendre le thé. Lui ne buvait jamais d'alcool et moi, il ne me serait jamais venu a l'esprit auparavant de boire un thé dans un bar. Je m'appretais donc a partir assez rapidement.

" Quand vous envolez-vous pour Delhi ? " demanda Milan tout a coup et apparemment sans grand intéret.
" Mercredi prochain. "
" Et quand atterrissez-vous ? "
" Au moment du repas, un peu avant midi. "

Il ne demanda plus rien et alors je me levai. Sur le pas de la porte il m'arreta comme si soudainement il se souvenait de quelque chose, comme ça, en passant.

" Hé bien au revoir et a mercredi prochain a l'hôtel Imperial. A treize heure, c'est d'accord ? "

Rapidement je fis un signe de tete et sortis. Cela semblait trop beau pour etre vrai. Mais le mercredi suivant nous nous fîmes conduire directement de l'aéroport a l'hôtel Imperial. Et Milan était la. A partir de ce moment la, il s'occupa de nous comme une mere et nous accompagna dans des contrées inconnues avec une générosité et une patience que nous n'aurions pu trouver chez aucune autre personne.

Et savez-vous pourquoi je suis sur que Milan était un ange ? Simplement parce que nous ne réussîmes pas a lui rendre la pareille ni meme a le remercier convenablement. Il avait tout simplement disparu. Or seuls les anges apparaissent quand on a besoin d'eux et disparaissent silencieusement une fois leur mission accomplie.

A propos, vous aussi pouvez devenir un ange. Il suffit d'avoir les yeux ouverts et de saisir chaque occasion d'aider les gens qui vont sur les routes. Comme ça, par bonté d'âme. Mais n'oubliez pas de vous retirer avant que l'on ne puisse vous récompenser ni meme vous remercier. C'est la condition.


Traduit par Alain Moulia

1 Sillonné de rides / ou simplement ridé
2 Chaque phrase dite par lui nous ...
3 cela nous semblait comme si un martien s'exprimait.


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Wednesday, January 7, 2009

POST SCRIPTUM : SENTIMENT

                                               POST SCRIPTUM : SENTIMENT

Ce n'est qu'un sentiment, il ne s'appuie pas sur un seul fait mais sur un ensemble (ou plutôt un nuage) de faits souvent ressentis de maniere inconsciente. Des faits dont on se rend compte a posteriori, dont on ne parle pas. C'est pour cela que ce n'est rien d'autre qu'un sentiment. Celui-ci est le propre de chaque créature capable de penser et de sentir. C'est le sentiment d'un reve non réalisé d'une vie idéale dans un monde idéal. Dans un eldorado, un pays promis, un pays prospere, un banc de glace libre - en un mot - un paradis. Chacun de nous l'imagine peut-etre autrement dans son esprit (meme si je crois ici a l'effet de la consommation et de la production en série), mais nous avons tous le meme sentiment. Se décider et tout quitter car il n'y a rien de plus facile que de quitter les petites choses pesantes de tous les jours et de partir sur un chemin inconnu vers un idéal imaginé. Nombreux sont ceux qui connaissent ce sentiment, surement exceptionnel. Nous nous réjouissons. Nous sommes curieux. Alors, allons-y !

Le meilleur remede aux amours soudaines et aux coups de foudre est dans le deuxieme regard. En tant que touristes ou hommes d'affaire en voyage nous ne sommes plus autant émerveillés la deuxieme fois ou les fois suivantes. Nous regardons déja d'un oil plus attentif et nous découvrons ce qui a déja été découvert tant de fois, a savoir que ceux du paradis ont aussi des problemes humains. Qu'eux aussi ont mille raisons de se plaindre. Le plus surprenant est qu'ils ont aussi leur reve de paradis - ailleurs. En buvant une biere dans un club de jazz a Londres ou dans un McDonald's omniprésent a Paris une idée nous surprend brusquement et sans que nous nous y attendions. Elle est si banale que nous n'osons pas la dire a haute voix : chez soi c'est chez soi. Voila tout, pas d'explications. Ici, je suis en vacances mais la-bas, je suis chez moi. Ici, je suis invité mais la-bas, je peux etre a la fois invité et hôte. Bref, on commence a se réjouir de rentrer chez soi. On commence a avoir le meme sentiment qu'a la premiere autopsie obligatoire du cours d'anatomie. On commence a avoir le sentiment d'avoir vu assez de choses et qu'il est temps maintenant de rentrer enfin chez soi ! Pendant le voyage de retour on se réjouit et on peut devenir sentimental. Ces symptômes sont décrits dans les manuels et ils y sont certainement bien décrits.

Nous arrivons chez nous et tout content, nous racontons nos aventures. A vrai dire, dans le flot de paroles nous pouvons facilement ne pas voir que nos parents ne nous écoutent pas vraiment ou alors a peine. Ils ont leurs problemes quotidiens, désormais redevenus les nôtres. Avant la fin de notre récit, nos problemes quotidiens nous rattrapent. Le premier jour ouvrable qui suit notre retour, bien décidés et avec un soupir, nous prenons ce tapis roulant sans fin vers tout ce qui est normal et banal. De nouveau nous nous pressons dans les tramways ou le métro, nous nous énervons en lisant les journaux, nous nous disputons pour des choses évidentes...

Si notre mémoire fonctionne, elle ne tardera pas a se faire entendre. Elle commencera a nous rappeler des choses, a nous proposer des comparaisons. Elle commencera a ouvrer pour faire lever un nouveau sentiment toujours grandissant. Le sentiment qu'ailleurs c'est mieux. Si nous l'écoutons attentivement, nous ne pourrons pas nous retenir et nous repartirons en voyage. Et nous reviendrons. Poussés par le pendule de sentiments de meme force mais de signes opposés. Finalement nous nous sentons vraiment heureux a dix mille metres d'altitude, dans l'avion qui nous emmene vers un nouveau paradis de reve ou qui nous ramene vers notre pays que nous redécouvrons. Ce paradis, cet idéal, consiste alors uniquement dans sa recherche et dans la vision du monde a dix kilometres d'altitude. La malchance réside dans le fait que tout vol aussi long qu'il soit finisse par l'atterrissage sur un sol dur. C'est comme ça qu'avec des passagers et leurs valises, des tonnes de sentiments et de désirs non enregistrés et non dédouanés voyagent a bords des avions. Comment s'étonner alors que de temps a autre un de ces avions s'écrase ?

Traduit par Diana Lemay



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Wednesday, December 31, 2008

UN BILLET D'AVION POUR LE CIEL

                                              UN BILLET D'AVION POUR LE CIEL

C'était le bon temps ! C'est une phrase bien connue chez nous. Chaque fois que nous voulons nous plaindre c'est cette phrase qui revient. Et nous nous plaignons tout le temps. C'est la raison pour laquelle je n'aime pas ça. Je me suis toujours considéré comme un optimiste réaliste. Je dois tout de meme reconnaître que pour les voyages dans l'immense toile mondiale des lignes aériennes, le bon temps est vraiment fini. Les gens ont appelé le passage du 19e au 20e siecle la " Belle Epoque ". La premiere guerre mondiale a brutalement interrompu cette belle époque. La guerre contre le terrorisme a brutalement interrompu l'âge d'or des voyages au tournant du 20e siecle.

S'envoler vers les nuages était un vieux reve de l'homme. Les compagnies aériennes avaient pour mission de vendre des billets pour ce reve : faire voler et atterrir en sécurité. Pour persuader les gens que ce reve était réalisable, au début du 20e siecle, on organisait a bord des avions d'autrefois, alors tres rudimentaires, des soirées dansantes ; on servait meme la biere directement des tonneaux (aujourd'hui, on considérerait cela comme une bombe potentielle). Soit dit en passant, c'était la compagnie aérienne tchécoslovaque Československé aerolínie qui se vantait de servir de la biere de cette façon. Dans les années 60 encore, le voyage en avion était une petite aventure et les petits sacs en cas de besoin n'étaient pas a côté de chaque siege par hasard. Mais prendre l'avion a la fin du 20e siecle était un plaisir. Les avions étaient grands, confortables, surs et ils volaient pratiquement par tous les temps. Les meilleures compagnies programmaient le vol de maniere a ce que vous preniez l'avion l'apres-midi, qu'ils vous donnent a manger, qu'ils puissent baisser les lumieres et faire la nuit. Ainsi vous vous réveilliez le matin, dans un pays exotique situé a neuf mille kilometres. Toutes les compagnies organisaient de vrais festins a bord de leurs avions. A Malaysian Airways, une des meilleures compagnies aériennes au monde, pendant le vol, on servait a votre demande des cocktails a volonté dans la classe touriste. Lors d'un vol avec cette compagnie j'ai eu pour la premiere et unique fois de ma vie l'occasion de voir les passagers chanter de joie. C'étaient des entrepreneurs moraves qui se réjouissaient d'une cave apparemment inépuisable et surtout gratuite au bar de l'avion, malgré les inondations dans leur pays natal. La mission des compagnies aériennes consistait a vous persuader qu'en montant a bord de leur avion vous entriez au paradis des voyageurs ou de magnifiques créatures célestes, pretes a réaliser tous vos souhaits angéliquement innocents, s'occupaient de votre bonheur. Comme preuve, l'hôtesse de l'air malaise, Elyane, avait passé la nuit aupres de moi lors de mon retour quand j'étais tout en sang comme si j'avais rencontré le tigre de Malaisie.

Aujourd'hui, la situation est tout autre. Et comme d'habitude, ce sont les Américains qui ont commencé bien avant la guerre contre le terrorisme. Dans le cadre du processus de baisse des prix des billets d'avion, ils ont instauré des " vols cacahuetes ". Sur ces vols-la vous aviez vraiment droit uniquement aux cacahuetes et au coca (mais en réalité, il y avait plus de glace que de coca). Puis, quelqu'un a découvert que chaque trois millionieme passager pouvait avoir des boutons, ou meme une crise, a cause de ce petit paquet de cacahuetes, et depuis ils nourrissent non seulement ce trois millionieme passager mais aussi les deux millions neuf cent quatre-vingt-dix-neuf mille neuf cent quatre-vingt-dix-neuf autres passagers par un ersatz - les petits bretzels. A la différence des bretzels, les cacahuetes étaient mangeables. Je peux vous l'affirmer. Pendant mon voyage d'Oklahoma a St. Louis, de St. Louis a Washington et de Washington a New York, qui a duré une demi-journée, j'ai reçu a chaque fois un coca (ou plutôt de la glace arrosée de coca) et un nouveau petit paquet de bretzels non comestibles. Croyez-moi, avec ce genre de régime vous (ou n'importe qui d'autre a part ce trois millionieme passager qui s'était déja écroulé en mangeant les arachides) pouvez facilement avoir des boutons ou meme une crise. Certainement une crise de faim. Cette mauvaise habitude s'est, apres la faillite de plusieurs grandes compagnies aériennes, vite répandue aussi en Europe. Et comme cela arrive souvent, ceux qui veulent etre plus royalistes que le roi ont eu le dernier mot. Je me souviens de cette époque ou on devait payer pour la biere (ou pour n'importe quel alcool, mais ils n'avaient que de la biere) sur les lignes intérieures américaines. Aujourd'hui sur les lignes Bratislava-Munich ou Oslo-Tromso la vendeuse de bord remplace l'hôtesse de l'air dans son rôle d'ange d'accueil, et on doit payer pour tout ce qu'on prend. Les temps changent, il faut payer, meme au ciel. Je peux comprendre qu'on ne fume pas a bord d'un avion (meme si je n'arrive pas a comprendre comment certains fumeurs peuvent le supporter durant des heures). Mais ces derniers temps une poignée de fous furieux est en train de se regrouper. Ils aimeraient interdire aussi l'alcool a bord des avions car chaque trois millionieme passager pourrait etre ivre. A cause de ce passager il faudrait interdire aux deux millions neuf cent quatre-vingt-dix-neuf mille neuf cent quatre-vingt-dix-neuf autres passagers de regarder ne serait-ce qu'un dentifrice, car lui aussi contient de l'alcool.

Les prédictions d'une femme-douanier désagréable, une bonne femme russe qui faisait son service a l'aéroport de Tbilissi se sont malheureusement réalisées. Quand j'ai protesté contre la maniere arrogante dont ils nous fouillaient a l'entrée de l'avion (des années avant la guerre contre le terrorisme) et quand je lui ai fait remarquer que nous n'étions pas des chiens mais les clients d'une compagnie aérienne, elle n'est restée déconcertée qu'un instant avant de me riposter : " Vous n'etes pas des clients, vous etes des passagers. " Un bureaucrate russe en uniforme est probablement la pire créature de notre planete - par son arrogance, sa paresse et son incapacité. Ayons peur des incapables car ils sont capables de tout. Il est choquant d'observer comment un bureaucrate russe en uniforme est devenu petit a petit un exemple pour le monde entier.

Sous le prétexte de la lutte contre les terroristes (qui peuvent, si on exagere vraiment, etre au plus quelques centaines) des milliers de bureaucrates en uniforme, gros et arrogants, terrorisent des millions de voyageurs. En s'habillant en uniformes des services de sécurité, des gens, a l'origine sans emploi, pris directement dans la rue, ou des ouvriers sans qualification mal payés sont devenus les grands maîtres de tous ceux qui ont fait l'erreur d'avoir acheté un billet d'avion. Ceux qui n'ont jamais voyagé au-dela des frontieres de leur ville (et ils en sont probablement meme fiers), disposent d'un pouvoir quasi absolu sur ces richards audacieux qui osent voyager. Regarder leurs chaussettes et leur linge de corps, les déchausser, leur pointer des lampes de poche dans les yeux (bientôt aussi dans la gorge et dans les oreilles), les pousser d'un couloir a l'autre, les passer aux détecteurs ainsi que leurs valises, casser les serrures de ces valises et mettre le nez dedans, c'est le plaisir des pantouflards en uniforme. Une fois j'ai été témoin d'une scene qui m'a littéralement privé de souffle. Si Franz Kafka, l'auteur des proses absurdes, avait été dans les parages, il se serait réjouit. Dans un mini-aéroport désert et oublié quelque part en Iowa, un agent de sécurité est passé d'un bâtiment a l'autre. A cette occasion, ses collegues, employés de la meme compagnie de sécurité, l'ont fouillé a corps! Ça s'appelle la lutte contre le chômage. Ces garçons et ces filles trouveront toujours du travail. Quand j'ai quitté, il n'y a pas si longtemps, Mexico une femme des services de sécurité m'a arreté avant que je n'entre dans l'avion et elle a montré du doigt mes chaussures. Cela fait vingt ans que je possede ces chaussures. Ce sont mes chaussures pour voyager. Elles sont déja parties avec moi en Inde, en Malaisie mais aussi en Egypte, elles ont parcouru toute l'Europe et un bout de l'Amérique. J'en suis fier, elles font partie de mes voyages. J'étais obligé de les enlever. Ce n'était pas encore si terrible. Mais cette bureaucrate en uniforme les a pris avec ses gants blancs et lentement avec soin et envie elle a cassé les semelles.

Ensuite elle me les a rendues. Mes chaussures de globe trotteur condamnées a l'invalidité ! Elles étaient le symbole des temps ou voyager en avion était synonyme de monter au ciel.

Quand l'avion décolle il laisse derriere lui, sur terre, son ombre. Aujourd'hui cette ombre ne vous quitte meme pas a dix kilometres au-dessus de la terre. C'est l'ombre de la betise qui est en train d'etre mondialisée.

Traduit par Diana Lemay


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Wednesday, December 24, 2008

L'EXPERIENCE D'UN SCIENTIFIQUE SANS DOMICILE FIXE

 L'EXPERIENCE D'UN SCIENTIFIQUE SANS DOMICILE FIXE

La sieste espagnole est légendaire et on la respecte aussi a l'université. Pour déjeuner et pour faire ensuite la sieste, mes collegues espagnols rentraient chez eux. Alors je restais seul avec un sandwich que j'avais préparé moi-meme. Je ne mettais pas longtemps a le manger. En meme temps, je demandais pardon a notre cantine universitaire, subventionnée par l'état, d'avoir fait toutes ces blagues et remarques ironiques sur sa distribution massive de nourriture pour bétail. Cette appréciation tardive de notre façon de nourrir collectivement les employés de l'université avait sa raison d'etre. Mon menu quotidien actuel rappelait le régime d'un amnésique : tous les jours la meme chose. Apres un petit déjeuner a base de yaourt, relativement luxueux, et apres un déjeuner constitué d'un sandwich, oeuvre d'un véritable amateur (pain, beurre et un morceau de fromage), le soir m'attendait chez moi toujours la meme chose. Une soupe en sachet. L'explication en est simple. Je ne sais pas cuisiner, la seule chose que j'arrive a faire, c'est la soupe en sachet. La sorte de soupe importait peu, je l'améliorais a chaque fois avec les memes choses - pommes de terre bouillies et saucisses coupées en petites rondelles. Je n'avais pas d'argent pour aller au restaurant. Ma bourse était déja petite sans compter une assurance maladie misérable qui n'avait pas prévu mes problemes de dents récurrents.

Je mettais aussi de côté de l'argent pour une excursion que j'avais prévue en Andalousie. Et évidemment aussi pour acheter des cadeaux pour le retour. Vous devez admettre qu'a côté de toutes ces dépenses, la nourriture était secondaire. Grâce a ce régime, non seulement j'ai bien maigri mais apres un certain temps j'ai commencé a rever de nourriture. Surtout de viande. J'avais déja une certaine expérience du jeune pendant mes stages scientifiques. Lorsque j'étais en stage a Prague, peu apres avoir terminé mes études, ma bourse arrivait parfois en retard. J'étais donc obligé d'emprunter de l'argent aux collegues plus âgés. Mon dîner de survie (parfois déjeuner et dîner en meme temps) se réduisait a la plus petite saucisse grillée possible, avec de la moutarde et le maximum de pain, a un kiosque de la place Venceslas. Une fois j'ai été sauvé par le secrétaire général du parti communiste russe Konstantin Černenko en personne. Il est mort juste le jour ou je me suis de nouveau retrouvé sans un sou. J'avais acheté depuis longtemps un billet pour aller au théâtre. A cause du deuil national, on ne jouait plus, on m'a remboursé le billet et j'ai pu aller sur la place Venceslas manger une saucisse au lieu d'aller me cultiver. Le probleme de mon séjour en Espagne était que je me nourrissais d'une façon tres monotone. Pas moins de trente-trois soupes en sachet m'ont permis de survivre pendant ces trois mois.

Vers la fin de mon séjour, j'ai pu trouver une petite semaine de libre pour aller enfin visiter les célebres attractions touristiques en Andalousie. Je voulais tout voir et puisque je n'avais pas beaucoup d'argent je logeais dans les hôtels les moins chers, je prenais des bus de lignes locales et par principe, en ville, je marchais. C'est ainsi que j'ai traversé a pieds Cadix, Algesiras, fait un saut a Ceuta sur la côte africaine, visité le Gibraltar britannique, que je suis monté a l'alcazar local a Malaga et que j'ai, avec le meme enthousiasme, vaincu les différents monuments de Grenade. Un plan de la ville a la main, je m'attaquais inlassablement a toutes les attractions touristiques jusqu'a ce que je m'arrete stupéfait devant une église. Le fait que mon petit guide touristique ignorait ce monument, m'a troublé. J'ai hésité un instant. La foule silencieuse et mystérieuse, qui s'était rassemblée devant l'église et qui venait juste de se mettre en marche, m'attirait. J'ai suivi par curiosité ces personnages silencieux. Ils ne se saluaient pas entre eux, ils ne se parlaient pas. Je me suis retrouvé avec eux dans une espece de grande entrée, c'était une salle d'attente religieuse ou tous ces inconnus avaient automatiquement repris leur attitude patiente. Avant d'avoir pu réaliser que de toute évidence, en tant qu'étranger, je n'avais rien a faire dans cette communauté fermée, les portes se sont ouvertes. Un moine est arrivé et a invité tout le monde a entrer. Il a pris le soin de me convaincre que cette invitation s'adressait aussi a moi et je suis donc entré. Dans la grande piece ou je me suis retrouvé avec les autres, j'ai tout de suite compris de quoi il s'agissait. C'était le deuxieme service dans une salle a manger grande et propre ou l'on servait les repas pour les SDF. J'avais faim et j'étais également curieux. Alors, je suis resté. Puisque je ne parle pas espagnol, j'ai préféré ne rien demander, juste imiter ce que faisaient mes compagnons. Ce n'était pas difficile, dans cette communauté de taciturnes, personne ne faisait attention a l'autre. Ils se concentraient completement sur la nourriture.

Une épaisse soupe de poisson pour commencer, avec du pain blanc, avait déja bien éprouvé mon estomac d'ermite. L'assiette était remplie a ras-bord et, on vous resservait a la demande. Mes voisins a table ont automatiquement demandé a etre resservi. Je les ai surveillés du coin de l'oil. Ils n'avaient pas mauvaise mine et n'étaient pas non plus répugnants. A notre table, deux étaient meme habillés avec un genre de costume, meme s'il était vieux et usé. Tout le monde avait aussi une gamelle. Quand on a apporté le plat principal, d'un mouvement habile et sans scrupules ils le versaient dans les gamelles sous la table et en redemandaient. C'était aussi du poisson, cette fois-ci accompagné de salade et de pommes de terre. La portion était de nouveau énorme mais de toute évidence cela ne posait aucun probleme a mes convives. Certains demandaient meme d'etre servis une troisieme fois. Nous nous sommes séparés de la meme façon que nous nous sommes rencontrés. Sans paroles. Avant de partir chacun a reçu un grand sac plastique avec une quantité de pain coupé qui me suffisait en général pour une semaine de jeune. Si j'ai bien compris, c'était pour les habitués la portion journaliere. Avec ça nous avons encore reçu quelques tablettes de chocolat et une orange. Je suis parti en méditant silencieusement.

Deux rues plus loin, je me suis aperçu que ça allait mal. Je ne pouvais plus marcher. Je suis difficilement arrivé dans l'église la plus proche ou je me suis tout bonnement étendu sur un banc. Je suis resté assis au moins une heure sans bouger. Je ne pouvais plus bouger, je pouvais a peine respirer. Apres deux mois et demi de régime, le déjeuner des SDF était au-dessus de mes capacités. J'étais rempli a en exploser. Le temps de reprendre au moins des forces pour me lever et partir, je me suis rappelé les paroles d'un scientifique célebre qui disait : " La science, c'est du pain avec du beurre. Sans confiture. " Ce monsieur n'a probablement jamais eu l'occasion de prendre un déjeuner avec les SDF de Grenade. Et n'a jamais non plus entendu parler des soupes en sachet ...

Traduit par Diana Lemay



Available in E-book at:  http://itunes.apple.com/sk/book/le-monde-est-petit-world- is/id554104733?mt=11

Wednesday, December 17, 2008

DE L'HUMAIN, RIEN NE PEUT NOUS ETRE ETRANGER

                  DE L'HUMAIN, RIEN NE PEUT NOUS ETRE ETRANGER

Je sais qu'en société, les toilettes publiques ne sont pas vraiment un sujet des mieux reçus mais, d'un autre côté, il est évident, que meme une personne tres bien élevée ne peut s'en passer lors de ses voyages. Et c'est justement la, a cet instant des plus infâmants, que des surprises insidieuses nous attendent. Par exemple, le fait qu'en Inde on n'utilise jamais de papier. Je vous assure, il n'y a pas de papier la-bas.

C'est tout. Par contre, a la place, on doit se servir de l'eau d'un petit seau posé a côté. Comment, ne me le demandez pas, je n'ai pas essayé, je n'en sais rien. D'un autre point de vue, non seulement cette coutume indienne protege les forets, mais en plus, a ce que l'on dit, elle est bonne pour la santé de tous ceux qui sont, dans leur cupidité, arrivés jusqu'au filon d'or1. Je ne garantis pas les renseignements cités plus haut, mais il n'y a pas qu'en Inde qu'il vous faudra emporter du papier hygiénique.

D'un autre côté, au Japon vous vous passerez bien de papier si vous tombez sur un modele de cuvette ultramoderne, qui rappelle plutôt un siege éjectable pour pilotes d'avions de chasse supersoniques. La, vous avez un choix de boutons et de cadrans aussi large que dans une cabine de pilotage. Sauf que si vous ne choisissiez pas correctement la température et n'appuyiez pas sur le bon bouton, vous vous ferez projeter jusqu'au plafond par un geyser d'eau brulante. Mais des que vous allez retomber le mécanisme intégré a la cuvette se mettra a souffler avec compassion sur vos parties sensibles.

Les toilettes dites a la turque, qui savent si joliment tourmenter le monde, peuvent aussi surprendre en voyage. Surtout quand il s'agit d'une dame dans une radieuse toilette de soirée dans les toilettes beaucoup moins radieuses du célebre théâtre du Bolchoi a Moscou. Bien que je ne sois jamais allé dans les toilettes pour femmes du Bolchoi, j'ai mon expérience de l'approche russe de ce genre de choses. Dans une boîte de nuit de Saint-Pétersbourg non seulement il y avait des toilettes a la turque, mais les cabines n'avaient que des battants comme dans les saloons américains. Cela doit inévitablement plonger quelqu'un de chez nous dans l'embarras. Dans certaines positions, je n'aime pas faire connaissance avec des inconnus. D'un autre côté, je comprends que les soldats russes qui venaient dans nos casernes pour un échange d'un mois devaient avoir du mal a adapter nos toilettes européennes a leurs manieres turques. Tenir l'équilibre sur les bords de la cuvette de porcelaine pendant tout le temps requis doit etre tres difficile. Le résultat d'un tel bombardement, qui de plus avait duré un mois, était réellement effroyable.

Mais les circonstances nous contraignent parfois a tisser des liens avec ces lieux : ainsi par exemple, une saucisse trop grasse, mangée lors de vacances familiales dans une petite ville du littoral polonais, m'a contraint a séjourner dans une installation sanitaire du camping pendant quelques jours. Des heures entieres, le regard fixé sur l'écriteau " Veuillez laisser cet endroit propre ! " de la face intérieure de la porte de cabinets me conduit a l'idée que cette pancarte était le souvenir le plus approprié de mon séjour au bord de la mer en Pologne. La pancarte (un travail d'artiste fait a la main !) était pour moi la chose la plus reluquée et la plus admirée de toutes les beautés de cette partie du monde.

Que toutes les âmes sensibles me pardonnent toutes ces précisions si importantes pour la vie, sur une activité qui nous unit tous, ou que nous soyons. Tenez, par exemple, la manie absurde des constructeurs tcheques et slovaques de laisser une ouverture en partie haute du mur séparant les toilettes hommes et dames, laissant ainsi libre le passage du bruit et des commentaires de part et d'autre (n'oublions pas que, en principe, les femmes vont dans ces lieux en groupes bien organisés de deux bignoles ou davantage), peut tout aussi bien vous prendre au dépourvu meme en Malaisie. Mais c'est dans la ville allemande d'Aix-La Chapelle que j'ai réellement eu la plus grande surprise de ce genre. A ce qu'on dit, les Allemands sont des gens qui adorent la propreté. C'est un peuple qui rivalise avec le Japon et les États-unis pour avoir la médaille d'or de l'hygiene. C'est pour cela meme que j'ai fait une seule tentative dérogatoire dans ma vie et que j'ai visité les toilettes de la gare des chemins de fer. Des lieux que toute ma vie j'aurais évités par un grand détour compte tenu des expériences dans des gares ferroviaires de chez nous. Mais le fait que les cabines des toilettes de la gare d'Aix aient des portes en forte tôle et soient équipées d'un mécanisme a pieces m'a soulagé. Il était clair pour moi que si on doit payer pour ce genre de choses en Allemagne, on ne peut pas commettre de faute. Et pourtant! Apres avoir glissé une piece et entendu un gentil couinement de la porte, je l'ai ouverte. Grâce a ça s'ouvrit a moi une vue choquante d'un tas si énorme, probablement laissé par des dizaines de prédécesseurs ingénieux, que j'ai sur-le-champ refermé la porte métallique avec un cri d'épouvante. Dans un silence de mort, face a la porte claquée, je commençais a comprendre petit a petit. De meme qu'en Russie soviétique les serveurs ne débarrassaient pas les tables apres les premiers clients du restaurant pour ne pas avoir a servir les suivants, ici aussi, dans l'Allemagne capitaliste, quelqu'un a trouvé un plan génial. Sans entretien ni souci de la propreté, le mécanisme de ces toilettes se remplissait avec une fiabilité sans paire de la monnaie des victimes de la connaissance que nous avons tous certaines choses en commun, sur toute la surface du globe terrestre ...

Traduit par Patrice Boudard

1 " zlatá žila " appelation populaire pour les hémorroides



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