Wednesday, April 15, 2009

UN ACHAT FORMIDABLE

 UN ACHAT FORMIDABLE
 
Ne croyez pas les guides touristiques. Je me suis rendu compte plusieurs fois qu'en général les lieux qu'ils recommandaient ne m'impressionnaient pas (si ce n'est l'horreur des cohues formées par tous ceux, moi compris, qui avaient été convaincus par la publicité touristique habituelle). En revanche, a plusieurs reprises, je suis resté ébloui par des endroits ou je me suis trouvé par hasard. Meme la renommée de ces différents pays peut ne pas correspondre completement a la réalité. Par exemple Singapour est connu pour etre un État a la discipline la plus sévere. Malgré cela, mon séjour a Singapour a débuté a l'aéroport par le vol dans la poche latérale de mon sac d'une cassette de jazz provenant de Bali. C'était la le seul vol dont j'avais alors été victime dans ma vie, et c'était arrivé pour la premiere fois justement a Singapour ! J'ai également lu au-dessus de la sortie de l'aéroport un grand panneau avertissant que la peine de mort sanctionnait la détention de drogue. La meme peine de mort existe a Bali en Indonésie, et pourtant, la-bas, deux garçons dans la rue nous avaient proposé de la marijuana. Alors j'ai décidé de rester sceptique concernant l'avertissement indiquant qu'a Singapour tout marché noir était lourdement sanctionné. Peu de temps apres, l'un des membres de notre groupe de touristes est venu indiquer que, non loin de la, on vendait au marché noir des montres tres bon marché. J'ai décidé de rester calme et raisonnable. A Bali, j'avais également réussi a acheter une douzaine de produits de beauté de marque dont la moitié avait tout juste été bonne a faire fuir les moustiques. Mais les diables, comme nous le savons, souffrent d'insomnies et celui qui s'occupe des voyageurs aime meme effectuer des heures supplémentaires.
Nous avons passé la journée a visiter la ville de façon épuisante, baladés d'un endroit a l'autre comme sur un tapis roulant a touristes. Pour commencer on nous avait mis des étiquettes en couleur pour que nous courions sur le bon tapis roulant. La soirée était dédiée aux énormes supermarchés et a des achats encore plus énormes. La journée passée dans une ambiance de folie collective invitait a faire une promenade vespérale tranquille et solitaire. Celle-ci m'a récompensé par la découverte que meme les contraventions salées sanctionnant les jets de mégots ne protégeaient pas cette ville de l'existence occasionnelle de cimetieres de mégots en pleine rue, preuve de la passion de fumeurs. Je revenais a l'hôtel quand au coin d'une rue deux garçons m'ont offert d'acheter pas cher des montres Rolex. J'étais convaincu que ce n'étaient que des copies mais disons le diaboliquement avec le diable, qui n'a pas connu cela chez nous ? Une aventure dans un marché noir de Singapour lourdement sanctionné s'offrait a moi, je n'ai pas hésité.

A mon signe de tete, les jeunes gens se sont retournés et m'ont conduit dans les sous-sols du supermarché. Ce n'est qu'apres avoir pris la troisieme petite rue de ce labyrinthe souterrain que j'ai compris que cette idée n'avait pas été la meilleure de ma vie. Le supermarché était en train de fermer. Dans les sous-sols tous les commerces avaient déja leurs volets baissés, et nous marchions dans des couloirs vides qui auraient pu permettre a la bande de garçons de me fouiller tres rapidement et tres facilement. On aurait pu parler de chance si j'avais pu sortir en vie de ce labyrinthe. Avant que je puisse penser a des possibles manouvres de défense (mais vraiment peu s'offraient a moi), nous sommes arrivés a l'unique magasin encore ouvert. Les jeunes gens m'ont fait entrer dans un local a l'arriere. Avec soulagement j'y ai aperçu un touriste anglais qui lui aussi apparaissait visiblement soulagé. En chuchotant nous avons échangé quelques mots d'encouragements. Lui aussi s'était laissé attiré par les Rolex pas cheres. A ce moment est arrivé un des jeunes avec tout un choix de montres. A vrai dire, dans la situation dans laquelle je me trouvais, je n'étais pas d'humeur a choisir pendant longtemps. J'ai pris le premier modele a peu pres correct. J'ai discuté le prix, payé, j'ai fixé la montre a mon poignet et je me suis dépeché de ressortir a l'air libre par le labyrinthe. Une fois dehors, j'ai repris mon assurance et suis retourné a l'hôtel, a nouveau comme un homme ayant parcouru le monde. J'ai rejoint notre petite expédition, juste au moment du dîner, et je me suis tout de suite mis a me vanter.

" Vous etes des amateurs ! " leur disais-je de façon tres alerte, plus la peur me quittait, plus je criais de façon libérée, " acheter pas cher des montres pas cheres, tout le monde le fait. Mais acheter pas cher des montres couteuses, ça, c'est de l'art ! Regardez ! "

Tout le monde a regardé, tout le monde a hoché la tete de façon admirative. Seule une dame particulierement antipathique (elle n'aimait pas les voyages, détestait la mer, et ne survivait a ces vacances a la mer avec nous uniquement pour avoir gagné ce voyage gratuitement) a regardé plus attentivement. Elle m'a alors demandé avec l'étonnement sincere d'une idiote si c'étaient ces fameuses Rolex. Et moi, j'acquiesçais tout bonnement. Mais la dame " casse-pieds " continuait a empoisonner le monde.

"Ce ne sont pas par hasard ces Rolex sur lesquelles j'ai lu quelque chose, pas celles... "

Je l'ai assurée ne pas connaître les Rolex en question, grâce a ça, elle s'est immédiatement souvenu que c'étaient celles qui se remontaient par le mouvement de la main, sous l'effet de la force de gravité de la Terre. J'ai immédiatement acquiescé et changé de sujet. J'ai commencé a m'asseoir pour dîner, mais la remarque de la dame antipathique m'avait alerté. Aurais-je eu vraiment cette chance d'acheter cette montre qui possédait un systeme ultra moderne pour économiser les batteries ? Autant de bonheur a la fois ? J'ai observé discretement la montre sous la table. En regardant mieux, on pouvait voir qu'il se passait réellement quelque chose entre la petite aiguille et la gravité de la Terre. L'aiguille des minutes de ma montre bougeait chaque fois dans le meme sens que celui du mouvement de ma main. Ce qu'elle aimait le plus au monde était de pendre inerte en direction de la terre. Par petites secousses, elle essayait avec insistance, mais vainement, de bouger vers le haut.

Cette montre, je la possede toujours aujourd'hui, mais je ne m'en vante plus.

Traduit par Antoine Ehret



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Wednesday, April 8, 2009

SOUVENIRS

SOUVENIRS
Personne ne sait probablement plus qui a été le premier a rapporter, d'un voyage lointain, quelque chose de tout a fait inutile mais de remarquable, et a lui donner le nom de souvenir. Qui sait, peut etre ce mot est-il né pour justifier le vol d'un petit vase dans la chambre d'un antique caravansérail. Mais, surement, personne ne doute qu'un souvenir doit etre une preuve réelle et unique de nos pérégrinations. A l'époque actuelle de mondialisation une telle chose est définitivement révolue.
Déja dans les années 60 du siecle dernier, le marché aux souvenirs était totalement chaotique. Quand mon pere achetait en Irak des cadeaux pour la famille restée a la maison en Slovaquie, il ne se doutait pas de la surprise que ces cadeaux leur réservaient, a eux mais aussi a lui. Bien qu'on dise " qu'il ne faut pas regarder les dents du cheval qu'on vous offre "1, les parents ont regardé vraiment attentivement les objets exotiques de la lointaine Arabie. Ainsi, au dos d'un petit tapis oriental authentique représentant un minaret et une mosquée, ils ont trouvé une étiquette en tissu avec l'inscription : " Made in Poland ". Rapidement ils ont constaté aussi que l'assiette de cuivre, soit disant martelée a la main avec le portrait de la célebre Shéhérazade, était fabriquée en série en Hongrie. Et tous les bijoux, qui n'étaient pas en or, provenaient d'une fabrique de la ville tcheque de Jablonec nad Nisou.

De nos jours, vous trouvez dans n'importe quelle grande ville du monde une échoppe spécialisée dans les souvenirs africains ou indiens. Grâce a cela vous pouvez avoir un appartement rempli de ces babioles des pays exotiques sans avoir mis le pied hors de chez vous. J'ai acheté ainsi a Washington une véritable pelisse du Guatemala et a Prague un couple de petits canards d'Indonésie en bois peint. Les deux, il faut le dire, a un prix dérisoire en comparaison du cout d'un voyage sur leur lieu d'origine et du désagrément de valises pleines de ces souvenirs exotiques.

Tout a fait logiquement un voyageur plus expérimenté préfere choisir quelque chose qui lui rappellera ses voyages, mais qui ne peut etre acheté nulle part ailleurs. Cela demande de l'imagination et de la chance ! J'ai ainsi a la maison dans une vitrine un fer a cheval tombé lors d'une promenade en caleche dans la ville égyptienne d'Edfou, je possede également un clou triangulaire trouvé par terre dans une forteresse de l'île finnoise Suomenlinna et une kippa en papier distribuée aux touristes pres du Mur des lamentations a Jérusalem. J'ai aussi une petite cuiller d'un hôtel de l'antique Bénares, alias Varanasi, pour remplacer ma propre cuillere que j'ai perdue la-bas. Et j'ai aussi une petite cuiller tout a fait ordinaire d'un hôtel de Bruxelles pour compenser le mauvais accueil si typique des Belges. Dans mon bureau, vous trouverez aussi deux toques abandonnées - l'une, que j'ai trouvée pres de la discotheque a côté de la villa présidentielle de la ville thermale décrépie de Likani, appartenait a un garde du corps du président géorgien de l'époque, Chevardnadze, l'autre fut perdue par un garde de l'entrée principale d'un hôtel de Tel Aviv. Et naturellement, j'ai tout un tas de petites pierres des Îles Lipari pres de la Sicile, de la ligne de partage des eaux au Nouveau Mexique, mais aussi du Mont Fuji au Japon et du cimetiere musulman de Sarajevo. Tous ces souvenirs (et en particulier ces petites pierres) ont un défaut : seul leur propriétaire connaît vraiment leur provenance. Sans histoire, ils n'ont pas grande valeur, seul un récit approprié leur donne un sens. J'ai tout de meme un souvenir original qui est a lui seul une histoire.

En rentrant dans une chambre d'hôtel de Toronto, au Canada, j'ai été tres intrigué par une plaquette en plastique joliment arrangée avec le texte suivant :

" Cher client, du fait de la popularité de l'équipement de nos chambres, notre service du logement se permet de proposer a la vente les articles suivants :serviette de bain....14 $, serviette de toilette.....8 $, ......., oreiller.....23 $, housse de couette et taie d'oreiller....30$ ...etc., les prix sont hors taxe.Si vous décidez de prendre une de ces choses sans en avertir la femme de chambre, nous considérerons que vous etes d'accord pour que nous portions la somme correspondante sur votre note.Veuillez agréer... "

Je tenais cet avertissement a la main et je parcourais la chambre du regard. A premiere vue, tout l'équipement de la chambre avait un prix. Et pourtant, ils avaient oublié une et une seule chose. Seul cet avertissement n'avait pas de prix ! Alors, je l'ai pris, comme souvenir... 

Traduit par Alain Moulia

1 Proverbe slovaque

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Wednesday, April 1, 2009

QU'Y-A-T-IL DE SUR DANS CE MONDE ?

QU'Y-A-T-IL DE SUR DANS CE MONDE ?
A l'Université de Serdang pres de Kuala Lumpur commençait une conférence. Physiquement j'étais présent mais normalement je n'aurais pas du y participer. Une malheureuse carte plastique, appelée VISA en était la cause. Pour les voyageurs de nos jours il est bien confortable de ne pas avoir a apporter avec eux des kilos de lingots d'or ou meme des liasses volumineuses de billets de banque. C'est justement cela qui m'avait gâté jusqu'a l'insouciance qui méritait etre punie. La punition est venue a neuf mille cinq cents kilometres de chez moi, en Malaisie.

Je suis l'heureux propriétaire d'une carte VISA. Elle m'a rendu service partout, au Mexique, en Inde et en Turquie également, et c'est dans les Pays baltes que j'ai du voir le plus grand nombre de magasins et de banques qui proposaient leurs services en affichant une étiquette VISA. J'utilisais ce service avec une telle facilité que pour mon voyage en Malaisie non seulement je n'avais pas pris tous les documents qui allaient avec la carte VISA mais je n'avais meme pas les numéros de la " hot line " de ma banque. Je croyais tout simplement a la perfection de la technique et elle venait me trahir maintenant, le premier jour d'une conférence mondiale. C'était d'autant plus délicat que je devais intervenir devant le forum international de mes collegues scientifiques justement ce premier jour. Tout le monde pouvait etre tranquillement assis dans la salle, ils avaient tous réglé leur participation a la conférence. J'étais le seul a ne pas pouvoir en faire autant car justement cette fois-ci, par paresse, je n'avais meme pas amené ma réserve de dollars en Malaisie. Tout mon argent était ensorcelé dans un petit bout de plastique.

Le premier avertissement est venu a Kuala Lumpur quand je voulus retirer un peu d'especes au distributeur automatique pour faire des achats a Sogo, le supermarché local. J'avais inséré ma carte dans le distributeur et fait mon code secret. Rien, le distributeur m'avait rendu la carte. Je commençais a m'inquiéter mais je me suis aussi souvenu que ma carte avait été, comme chaque année, renouvelée récemment. J'avais donc aussi un nouveau code secret. Je commençais a avoir un terrible doute, est-ce que j'avais marqué quelque part ce nouveau code ? L'espoir reposait sur mon bloc-note que j'ai toujours sur moi. Le nouveau code y était bien marqué. J'avais de nouveau inséré ma carte dans le distributeur, j'avais saisi le nouveau code et ma carte avait été rejetée une fois de plus. Cette fois-ci elle était accompagnée d'un avertissement. Les choses commençaient a devenir sérieuses. A la troisieme tentative le distributeur pouvait garder ma carte et moi, je me retrouverai sans rien. Je commençai a étudier les numéros dans mon bloc-note de nouveau. Mon écriture qui ressemblait plutôt a des traces de griffes était connue de tous et les numéros étaient griffonnés si négligemment, que j'aurai pu faire une erreur. Finalement, peu importe le secret, j'ai demandé a mon collegue Karol qui était du voyage, de m'aider a déchiffrer ce casse-tete. Apres une breve discussion nous sommes arrivés a une combinaison de numéros qui représentait ma derniere chance. Et ça avait marché. Ici, a Serdang, qui était un grand campus universitaire, le distributeur ne voulait meme pas accepter ce nouveau code secret pourtant vérifié. Plusieurs tentatives hasardeuses n'avaient servi a rien. C'était le matin et la queue des Malais et des Malaises derriere moi, avec a la main leurs cartes de crédit qui fonctionnaient certainement, grandissait. Ma collegue malaise du comité d'organisation qui m'accompagnait gentiment a ordonné le retrait. Il était plus que temps, mon intervention commençait dans dix minutes.

Pendant mon intervention, j'évaluais dans ma tete toutes les possibilités de l'imminente catastrophe. Je n'avais aucune chance de me procurer la somme dont j'avais besoin pour régler ma participation a la conférence (ne parlons meme pas de frais de logement et de nourriture) sans ma carte de crédit. Mon collegue Karol ne pouvait pas m'aider car lui il compte uniquement sur ses bonnes vieilles liasses de billets dans les chaussettes. Et ses chaussettes n'étaient pas si grandes. Je ne connaissais personne d'autre (c'est le désavantage des grandes rencontres mondiales au gout exotique) et appeler a la maison pour demander de l'aide n'avait pas de sens. Personne ne pouvait a ma place retirer l'argent de mon compte qui alimentait la carte VISA, j'étais ici, a Serdang, avec ma carte de crédit. Il ne me restait qu'a persévérer.
Apres mon intervention les organisateurs tres patients ont mis a ma disposition un autre collegue malais, cette fois-ci avec une voiture. Nous nous sommes mis en route. Deux autres distributeurs ont royalement refusé ma carte. Le collegue malais ne perdait pas de son optimisme et me proposa d'aller dans la banque la plus proche. Nous y sommes rentrés et avons expliqué ce qu'il fallait. Derriere le guichet quelqu'un nous a souri, ils ont pris ma carte VISA et nous ont demandé de patienter un moment. Le moment de patience était interminable. Le seul theme de conversation possible avec un collegue malais inconnu était le fait que l'on ne peut pas compter sur les cartes de crédit ni la technique. Il valait mieux se taire. Notre silence a été interrompu par la venue du responsable de la banque qui m'avait rendu la carte avec courtoisie mais tres fermement en disant que leur banque ne pouvait rien faire avec et qu'ils ne pouvaient pas me donner l'argent demandé. J'étais au bord de la panique.

Je ne vous souhaite pas ce sentiment quand le pilier de notre univers mondialisé vous abandonne. Inévitablement vous viennent a l'esprit des idées hérétiques du genre : sur quoi peut-on encore compter dans le monde actuel. Qu'y a-t-il de sur dans ce monde ?

Le collegue malais avait l'air de vouloir m'aider malgré notre visite piteuse a la banque. Aurais-je encore une quelconque idée ? Et l'idée est venue. Le distributeur dont je me suis servi a Kuala Lumpur appartenait a la plus grande banque malaise. C'était ma derniere chance. J'ai demandé s'il n'y avait pas dans les environs une succursale de cette banque. Il y en avait une.

Devant la succursale de la plus grande banque malaise il y avait un distributeur. J'y suis allé immédiatement et tel un illusionniste j'exécutai devant mon collegue malais tous les gestes pour qu'a la place d'un lapin sorti du chapeau l'argent sorte de ce distributeur. Apres le bruit habituel de la machine réfléchissant a haute voix, le signal avertisseur déja bien familier ce jour-la a retenti et le distributeur m'a rendu la carte. Je suis rentré dans la succursale en état d'ultime besoin. J'étais désespérément décidé de faire n'importe quoi pour avoir mon argent y compris de provoquer un scandale international. Sans cet espoir je deviendrais un tricheur suspect sans un rond dans les poches a la place d'un collegue jouissant d'une notoriété avec un compte de dollars respectable.

Je n'étais plus en état pour faire la queue, je demandai directement a mon collegue malais de m'annoncer chez le responsable de la succursale. Peu de temps apres nous étions assis dans son bureau. Il était grand, gros, flegmatique tout en sueur mais un fonctionnaire aimable. Il écouta toute l'histoire, prit délicatement ma carte VISA dans ses mains, la regarda attentivement, consulta son numéro dans l'ordinateur et envoya l'information obtenue quelque part. Il n'était pas satisfait avec le résultat. Je commençais a transpirer ce qui ne pose en Malaisie aucun probleme. Sauf que moi, je transpirais deux fois plus.

Le responsable de la succursale garda son calme. Il regarda encore une fois toutes les données sur ma carte, me demanda mon passeport et le nom de la banque qui avait émis la carte (ce qui n'a pas aidé car son nom slovaque n'a aucune chance de briller dans une conversation internationale) et décrocha le téléphone. Il appelait la centrale a Kuala Lumpur.

Tout ce temps mon collegue malais assis a côté de moi essayait de me garder au-dessus du niveau de désespoir par des regards encourageants. De temps en temps ils échangerent quelques mots en malais avec le chef de la succursale, ce qui pouvait soit etre un petit mot en ma faveur ou une réflexion s'il n'était pas le temps de démasquer un fraudeur international. J'étais seul au milieu d'un pays inconnu et le seul lien plastique que j'avais avec ma patrie et mon compte m'abandonnait petit a petit. La liaison téléphonique avec la centrale a Kuala Lumpur n'était pas fiable. La ligne était interrompue sans arret. L'atmosphere dans la succursale de Serdang était calme, provinciale. Personne ne se pressait nul part et moi, je pouvais meme nager dans ma sueur. Je me rappelai triomphalement que je gardais toujours les tickets des distributeurs. J'ai fouillé toutes mes poches et j'ai trouvé finalement celui du supermarché de Sogo. Plein d'énergie renouvelé et de gestes d'optimisme, je l'ai tendu avec enthousiasme au chef de la succursale. Il regarda poliment le petit bout de papier tout froissé et plein de sueur et me le rendit. Ça ne l'avait pas impressionné vraiment. Il continuait a téléphoner.

La ligne téléphonique était interrompue pour la deuxieme fois et le chef de la succursale de Serdang dictait pour la troisieme fois les nombreuses données de ma petite carte plastique quand il haussa brusquement les sourcils. L'espoir naissait. Mais il reposait sur une chose ou plutôt une question :

" Comment s'appelle votre mere ? " demanda le chef de la succursale de Serdang en se penchant confidentiellement vers moi.
" Qui ?! " je ne comprenais pas.
" Le nom de jeune fille de votre mere. "
" Mais ma mere n'a jamais eu de compte VISA, ni maintenant ni avant de s'etre mariée. "
" Mais vous l'avez mentionnée dans le questionnaire de votre carte VISA, non ? "
Tout comme je déteste les questionnaires a ce moment-la je respirai de bonheur et commençai a dicter avec plaisir. Le chef de la succursale de Serdang m'a meme laissé l'écrire sur un bout de papier. Et c'était au moins curieux d'entendre prononcer en malais le nom de jeune fille de ma mere qui n'est pas courant chez nous non plus. Ça a marché.

J'ai reçu mon argent, respiré de bonheur, secoué cordialement la main du chef de la succursale de Serdang ainsi qu'a mon collegue malais. Je ne compris qu'une fois dehors, dans la rue brulante. Je compris que si personne d'autre, alors les banquiers du monde entier savent que tout peut etre incertain dans ce monde sauf la mere. Elle, elle est toujours sure. 
Traduit par Diana Lemay

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Wednesday, March 25, 2009

CHAUSSURES EN DAIM

CHAUSSURES EN DAIM
 
Cette histoire sur les chaussures qui m'ont rendu de bons services pendant douze ans, si j'étais Elvis Presley, je vous la chanterais. J'aimais les miennes au moins aussi fort qu'Elvis les siennes dans sa chanson " Blue Suede Shoes ". Mes chaussures étaient gris argent, souples, fines, confortables, montantes jusqu'aux chevilles. Je les ai achetées dans une coopérative de cordonniers invalides, dans la ville de garnison ou je faisais mon service militaire, juste avant de retourner a la vie civile apres l'année de service obligatoire. Elles étaient étonnamment bon marché, mais c'était du travail de bonne qualité, fait main - et c'est de cela qu'il s'agit dans cette histoire.

Il est terrible de voyager a travers un pays sortant a peine du Moyen Âge, comme par exemple l'Inde. Mais il est plus terrible encore de voyager a travers un pays qui est retourné au Moyen Âge a la suite de guerres fratricides, comme cela est arrivé en Géorgie. Un pays qui meme dans la misere du régime communiste avait su rester une oasis d'abondance, voire de surabondance, et que notre expédition d'écrivains a trouvé dans un état d'apathie et de déliquescence totale. Tout le pays semblait paralysé. Imaginez par exemple un camion passer devant vous : sur le réservoir de fioul il y a une telle couche de terre que des touffes d'herbes y poussent déja. Les vitres du car qui transportait notre expédition d'écrivains étaient perforées par des balles. Dans ce pays, on ne remplaçait pas les vitres felées ou trouées des voitures (et on en voyait tout le temps) car on n'avait pas de quoi. Cette conférence littéraire a été l'une des aventures les plus sauvages que j'ai jamais vécues a l'occasion de ce type d'événements. Durant la conférence nous avons acquis petit a petit la certitude que nos jeunes collegues, les organisateurs géorgiens, refusaient tout appui officiel de l'état (alors que l'un d'entre eux avait été ministre de la culture du précédent gouvernement !). Ils comptaient surtout sur l'aide financiere de leurs amis. Mais le solide cercle d'amis tout a fait géorgien était constitué en majeure partie d'acteurs de ce qu'on appelle le marché noir, voire l'économie grise (et c'est peu dire). Leur soutien a la littérature fut remarquable mais également assez original (et c'est encore peu dire). Chaque jour une voiture différente venait, toujours d'une marque étrangere de luxe, et ses occupants nous livraient une caisse de whisky et des cartons de cigarettes Marlboro. Ils supposaient, évidemment, que c'était le combustible essentiel de nos activités et discussions littéraires. C'était une sorte de manifestation semi privée et je devais admettre que la Géorgie était probablement le seul état au monde ou la littérature jouissait d'une telle importance meme pour la mafia locale. Dans un tel environnement on peut bien imaginer que le programme de notre conférence ait été imprévisible. Il arrivait que nos organisateurs géorgiens nous quittent tout bonnement et que nous attendions dans l'incertitude ce qui allait se produire, suivant tant bien que mal le rythme de notre programme de travail. Ainsi le troisieme jour de la conférence nous nous sommes retrouvés en excursion au diable vauvert. Il y avait des routes effrayantes menant Dieu sait ou a travers les montagnes escarpées coupées de barrages ignorées de notre chauffeur et gardées par des miliciens armés. Il ne s'est arreté que lorsque je lui ai demandé a quoi servaient ces barrages. Des miliciens armés de mitraillettes nous ont expliqué que les barrieres délimitaient les tronçons de la route qui étaient sous le contrôle de la guérilla locale (nous ne savions pas qu'il y avait la moindre insurrection en Géorgie!), et qu'en plein jour cette derniere n'allait pas nous déranger. L'attitude de notre chauffeur nous laissait penser qu'il connaissait par leur nom les rebelles qui éventuellement auraient pu nous arreter. Nous contournions donc les obstacles et nous nous frayions un chemin sur des routes ou on ne pouvait avancer en ligne droite plus d'une cinquantaine de metres, a cause des trous dont l'abondance dépassait celle des boutons d'une varicelle bien développée. Notre course éreintante s'est terminée brusquement et sans avertissement, dans une petite ville. La, les organisateurs nous ont tout simplement fait descendre de voiture et sont partis régler leurs affaires.

Un étranger qui attend en plein jour sur une place d'une ville inconnue ne peut avoir recours qu'a une seule occupation pour calmer ses nerfs - prendre des photos. Nous avons donc sorti nos petits appareils photo automatiques et croyant passer notre temps d'une maniere utile, nous prenions des photos. Une petite hutte délabrée attira notre attention, c'était une espece de tente en bois portant une inscription " Remont obuvi1 ". C'était un tout petit atelier de réparation de chaussures. Ce qui n'aurait eu rien de particulierement intéressant s'il n'y avait pas eu a la porte de cet atelier une petite fille et un chiot. Tous deux étaient barbouillés et curieux, comme seuls les enfants savent l'etre. Ils nous observaient prudemment de la porte. Un cliché ravissant en toute circonstance. Chacun de nous a pris quelques photos, quand tout a coup une voix s'est fait entendre, parlant russe avec un accent géorgien :" Ou il est ce Slovaque?!"

Cette question fait partie des mysteres que j'ai rencontrés et qui resteront pour moi inexpliqués jusqu'a la fin de mes jours. Pourquoi d'entre nous tous cet inconnu m'avait-il précisément choisi, moi, et comment avait-il pu savoir que j'étais slovaque? C'était en effet un vrai mystere. Espérant découvrir une explication peu ordinaire, je me suis présenté avec empressement.
L'homme était ce genre de type qu'on peut trouver en Géorgie comme en Inde ou au Mexique. Ils passent leur vie piétinant ou s'asseyant en groupes dans les rues des villes et des villages, discutent, sirotent du thé et observent tres attentivement les moindres mouvements dans leur champ visuel. Le mieux serait de les saluer poliment a chaque fois qu'on passe dans " leur " rue. A premiere vue ils n'ont pas l'air effrayants mais ce sont eux qui constituent la garde de " l'opinion publique " d'une telle communauté de rue. Ils vous jugent aussitôt et si vous ne leur plaisez pas, le mieux a faire c'est de vous éloigner le plus vite possible. Le pire qui peut vous arriver, c'est d'avoir besoin de recourir a leurs services ou dépendre d'eux de n'importe quelle façon. Ils sont issus de cette couche de population des pays pauvres qui constitue la base de l'État. Je suppose qu'ils ne produisent pas grand chose, mais il est tres utile d'etre bien avec eux. Et c'est pour cette raison que notre entretien avec l'inconnu (hirsute et mal rasé aux vetements élimés) a commencé de la pire façon possible. L'homme s'est approché tres pres de moi, m'a regardé droit dans les yeux et m'a demandé d'un ton provocant, élevant la voix:" Pourquoi prends-tu en photo un estropié? "

J'ai compris, que ça allait mal. Dans la cabane avec l'inscription " Remont obuvi " devait se trouver un estropié. Ce qui est assez courant dans ce métier. Je ne l'ai pas vu, je ne le savais pas, mais ce n'était pas une excuse. L'inconnu était absolument convaincu, qu'il était bien dans son droit de donner une leçon a un étranger et il savait aussi bien que moi, qu'il pouvait compter sur la solidarité de ses compagnons de rue. Les estropiés et les enfants sont dans tous les pays intouchables. Malheur a tout étranger qui fait un faux pas dans ce domaine. Moi, je l'ai fait, meme sans le savoir.

Comme cela arrive dans des moments pareils, ceux qui devaient m'aider se tenaient autour en silence et observaient quelle suite prendrait ce spectacle inattendu. Les compagnons de l'inconnu commençaient a resserrer lentement le cercle autour de nous et a preter l'oreille. Chaque mot avait son importance et je savais bien que je pouvais parler de n'importe quoi sauf de l'estropié. Ça aurait donné a l'homme l'occasion de pouvoir donner une leçon toute prete déja a un étranger arrogant, hautain et insensible.

" Vous savez, cher ami ", commençai-je avec prudence. Dans un effort désespéré d'inventer quoi que ce soit, j'ai jeté un regard pensif a mes chaussures, mes chaussures en daim tant aimées, et la réponse salvatrice a vu le jour. " J'ai pris en photo votre " Remont obuvi ", parce que chez nous il n'y a plus d'ateliers de réparation de chaussures. "

" Vous le dites sérieusement? " l'homme regarda avec surprise mais aussi avec soupçon. Il sentait, que je l'entraînais sur un terrain inconnu et il ne renonçait pas facilement a quitter le sien.

" Absolument! Vous rendez-vous compte, chez nous on fabrique des chaussures de si mauvaise qualité, qu'il ne vaut meme pas la peine de les faire réparer. Rien que de la matiere plastique. Nous sommes obligés de les jeter directement. "

" Ça alors?! " s'étonna l'homme tout content. C'est toujours bon d'apprendre aux représentants de l'opinion locale quelque chose, qui leur donne un sentiment de supériorité. Dans ce cas ils aiment adopter une condescendance hospitaliere. " Vous etes donc tombés bien bas.. ."
" Eh, bien, c'est vrai, " je m'empressais d'approuver.

" Ou va ce monde, " l'homme décida d'entretenir la conversation, mais comme s'il regrettait de renoncer a l'éventuelle dispute entrevue, il a repris pour un instant le ton magistral et bienveillant. " Bien, si tu fais la photo d'une telle cabane, pourquoi ne fais-tu pas une photo de quelque chose de vraiment beau?! "

L'homme a montré d'un large geste la place, ou, il n'y avait vraiment rien de beau. Grâce a cela, je me suis rendu compte, que le cercle de curieux qui s'ennuyaient commençait a se disperser. C'était gagné, il suffisait de continuer a le caresser dans le sens du poil." J'économise la pellicule pour vos magnifiques montagnes. "

" Ah, oui, " approuva l'homme satisfait, " nos magnifiques montagnes. " Il regarda attentivement les cretes éloignées, comme s'il voulait vérifier que les montagnes étaient aussi belles que tous les jours, puis il a ajouté tout simplement : " J'habite non loin d'ici, viens prendre une vodka... "

De retour en Slovaquie, je racontais cette histoire a ma femme, avec un pathos héroique qui succede toujours a une grande peur suivie d'une fin heureuse. Plutôt que par mon histoire, drôle apres coup, elle était captivée par l'état de mes chaussures en daim." Tu portes ces chaussures impossibles depuis une éternité. Tu devrais en acheter de nouvelles ! "

J'étais juste en train de me déchausser, j'ai donc pris avec indignation les chaussures dans mes mains.

" Nouvelles chaussures ?! Pour remplacer celles-ci, qui sont inusables et représentent les derniers spécimens d'un travail de qualité fait a la main ?! "

Je lui ai mis les chaussures sous le nez comme preuve. Elle a hoché la tete comme si elle savait tout et avant de me laisser a mes naivetés, elle a ajouté : " Regarde donc mieux tes chaussures inusables. "

J'ai jeté un regard sur mes chaussures inusables et j'avais l'impression d'etre au bord d'un infarctus. Les semelles étaient completement fendues d'un bout a l'autre. Elles devaient etre ainsi entamées déja au moment ou j'avais eu la prise de bec avec l'inconnu devant la cabane géorgienne " Remont obuvi ". Mais je n'ai pas laissé tomber.

Dans un atelier de réparation de chaussures dans notre quartier ils m'ont mis carrément a la porte.

" Nous ne faisons plus des réparations de ce genre depuis bien longtemps. Nous ne réparons que ce qu'on peut recoller ou recoudre. Essayez en ville. "

J'ai essayé en ville. J'ai fait le tour de plusieurs ateliers de réparation, sans succes. Dans le dernier ils ont été particulierement patients avec moi. La femme au comptoir est partie avec mes chaussures quelque part derriere et est revenue avec elles et un vieux cordonnier de plus. Le cordonnier a pris les chaussures dans ses mains, en connaisseur, il a rompu completement les semelles cassées et a hoché tristement la tete.

" Il faudrait arracher les semelles completement et en mettre de nouvelles. Mais nous ne savons plus le faire. Il y a une vingtaine d'année, on nous a ordonné de bruler nos bonnes vieilles formes. Selon le plan quinquennal nous devions produire une telle quantité de chaussures dans notre pays que leur réparation n'aurait pas valu la peine ".

Je me souviens aussi de cette invention futuriste, mais de nos jours, on a de nouveau le capitalisme. N'est-ce pas?

" De belles chaussures, " il me les a rendus avec regret, " on n'en produit plus comme ça chez nous. Et plus personne ne vous les réparera dans ce pays. Peut-etre encore... "

" Je sais ", dis-je, car soudain une idée fataliste m'est venu, " je connais un endroit, ou on pourrait encore les réparer. "

Je suis rentré chez moi et j'ai déposé mes chaussures en daim tant aimées sur l'étagere. Car, qui sait? Un jour, si je me rends encore en Géorgie...

Traduction de Mária Michalková revue par Catherine Hubert

1 Veut dire " Réparation de chaussures " en russe

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Wednesday, March 18, 2009

EN TRAMWAY POUR LE PARADIS

EN TRAMWAY POUR LE PARADIS
Ceux qui ont survolé l'océan sont souvent torturés par un phénomene connu : le " jet lag ". Ce sont des symptômes qui surviennent lors du survol de plusieurs fuseaux horaires ; l'horloge dans votre tete est perturbée car vous volez a contresens du temps. Ainsi, quand il fait nuit chez nous, il fait encore jour chez vous. C'est surtout cruel l'apres-midi, car tout vit autour de vous alors que dormir est votre plus pressante envie. Encore marqué par des changements trop rapides de continents, je suis parti travailler le lendemain de mon atterrissage. Tout s'est bien passé mais, en sortant du laboratoire, j'ai voulu m'arreter a la Direction de notre institut scientifique. J'y suis arrivé au moment meme ou un de nos collegues donnait une petite fete. Nous sommes donc restés a bavarder, j'ai bu un verre ou deux de vin, et je suis parti tranquillement a pied jusqu'au tramway. Je suis bien monté dedans car sur le tramway il y avait une inscription " RAČA " et nous habitions trois arrets avant le terminus de Rača. Je me suis assis pres de la fenetre, j'ai regardé dehors - et tout a coup, panne de courant. Surement dans ma tete. La biologie moderne a prouvé que, meme quand nous dormons, il y a toujours dans un endroit du cerveau nommé tubercules quadrijumeaux quatre ampoules de secours en état d'alerte. J'ai peur qu'elles aussi soient tombées en panne a ce moment-la, ou au moins certaines d'entre elles. L'obscurité profonde s'est faite, dans un silence de tombe.

Je ne sais pas si vous etes sereins en ce qui concerne la vie apres la mort. Moi, je n'y ai jamais vraiment réfléchi. Ce n'était pas d'actualité, ni dans mes projets. Rien a ce propos qui pourrait etre noté dans le planning hebdomadaire et coché a la fin de la semaine. Simplement, ces réflexions ne sont pas a la mode aujourd'hui. On n'a pas de temps pour ça. C'est pourquoi je n'étais pas préparé psychiquement a mon entrée dans l'autre monde. Mais j'ai été sincerement surpris de la vitesse avec laquelle j'ai pris conscience du passage dans l'autre division. Presque comme une évidence. Je me suis juste un peu étonné. Ainsi, c'était cela la fin de toutes les fins ?! Essayez seulement de suivre mon point de vue. Surgi du vide total, vous ouvrez brusquement les yeux et vous ne savez pas ou vous vous trouvez. Au-dessus de vous se dresse une femme bizarre qui vous raconte quelque chose comme : " C'est la fin... ".

La fin ? La fin de la vie ? Vraiment la fin ? Si tôt ? Pourtant, je n'avais pas imaginé l'ange a la porte du ciel comme ça. Dans l'univers merveilleux que m'offrait le champ visuel de mes yeux entrouverts, a cet instant, dans tout ce deuxieme monde, nous n'étions que nous deux, elle et moi. A vrai dire, cela pouvait tout a fait etre vrai, car j'ai toujours cru que ce sont les femmes qui nous font entrer au paradis. J'en ai rencontré quelques unes sur cette terre et l'excursion avec elles pour un court instant de paradis en valait la peine. Mais cette bonne femme-la paraissait étrange. Pas belle, administrative, pas angélique. Pour lever un tel doute, il existe une question:" Mais pourquoi ? Et pourquoi si tôt ? "

Au lieu de répondre, cette bizarre créature s'est mise a rire ou plutôt a hennir en rigolant tres fort. Ce qui a fait apparaître toutes ses dents gâtées, pas celles d'un ange. Quand elle a cessé, elle a dit avec assurance :" Parce que nous sommes a RAČA. "

C'était un point de repere. RAČA, je connais. Et cet ange - je serais probablement dans un paradis slovaque, de quatrieme catégorie, sans le service. J'ai regardé tout autour. Elle avait raison. En tramway, il est difficile d'aller au paradis. Les tramways ont un terminus. La, ils retournent en arriere, vers la vie. Alors, je suis descendu. 
Traduit par Antoine Ehret

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Wednesday, March 11, 2009

COMMENT MEURENT LES PIETONS

COMMENT MEURENT LES PIETONS

On dit que le centre commercial est la deuxieme maison d'un vrai Américain. En Malaisie ils aimeraient beaucoup ressembler aux Américains ; d'ailleurs la monnaie locale s'appelait a l'origine le dollar malais et encore maintenant son symbole ressemble a celui de la monnaie américaine. Pendant notre conférence nous avons eu l'occasion de voir ce qu'était la deuxieme maison du vrai Malais prospere a une époque ou ce pays ambitionnait de devenir un des plus modernes du monde. Dans un énorme centre commercial, qui comprenait aussi un fleuve artificiel avec des navires panoramiques, seuls quatre membres de notre grande expédition de scientifiques ont réussi a rester ensemble : un professeur finlandais, un jeune Allemand et deux Slovaques. Tout d'abord nous sommes entrés hardiment dans un immense rayon d'alimentation. Il y avait la vraiment tout ce que l'éventail standard de la consommation offre partout dans le monde. Mais nous avons eu beaucoup de mal a trouver quelque chose que nous pourrions qualifier de typiquement malais. Dans le rayon voisin, avec les cosmétiques de luxe, on nous offrait a nouveau le meme choix de marques mondiales qu'a Londres, Paris, New York, mais aussi Sofia, Prague et Varsovie. Cela jusque dans les rayons, présentés de façon identique. Dans les autres rayons ce n'était pas mieux.

Au bout d'un moment nous en avons eu plus qu'assez de cette offre mondialisée présentée a la malaise et nous avons décidé de partir. Mais ce n'était pas si simple. Nous sommes tous convenus qu'il nous fallait un taxi pour retourner au campus universitaire. Nous étions aussi tous d'accord sur le fait que les taxis partout dans le monde stationnent devant l'entrée principale. Mais nous n'avons pas réussi a trouver cette entrée.

Nous avons parcouru les quatre étages du centre commercial. Nous avons découvert toutes les sortes possibles - et inimaginables - de magasins et d'attractions, mais nulle part d'entrée principale. Plusieurs fois, nous sommes revenus au meme point et de nouveau nous nous sommes élancés résolument dans une autre direction. Finalement nous avons trouvé trois sorties possibles de ce bâtiment mégalo : une sortie sur un chantier, une sortie vers un immense parc d'attractions pour enfants et une entrée dans un garage a cinq sous-sols. Mais il n'y avait de taxi en aucun de ces trois endroits. Nous étions quatre étrangers hautement motivés, avec des diplômes universitaires, ayant déja pas mal voyagé et ayant vu dans leur vie plus d'un centre commercial et plus d'un taxi...et pourtant nous étions a bout. Apres une errance sans fin, apres nous etre adressés en vain aux clients autochtones étonnés qui se hâtaient vers leurs voitures et nous etre querellés d'une façon tout a fait inamicale sur la direction a prendre , nous nous sommes finalement élancés avec résignation, dans l'obscurité, a travers le chantier attenant. Nous sommes parvenus rapidement sur une bretelle d'autoroute ou nous avons enfin pu arreter un taxi et, malgré une ambiance peu enthousiaste, nous sommes arrivés sans encombre a l'hôtel. A la façon dont nous nous sommes séparés, sans dire un mot, pour rejoindre nos chambres, il était clair que cette rencontre avec la civilisation fastueuse du troisieme millénaire laissait en nous des impressions contradictoires.

Quelques semaines plus tard, de retour chez moi, quand j'ai parlé a mes amis de cette expérience curieuse, j'ai eu soudain une idée lumineuse. Ce centre commercial avait bel et bien une entrée principale ! Nous étions passé a côté plusieurs fois sans nous en rendre compte. C'était le parking, a vrai dire un super parking ! Autrefois il y avait des magasins la ou il y avait des gens, le plus pres possible d'eux, de leurs habitations et des endroits facilement accessibles a pied. Aujourd'hui on voit de gigantesques hangars remplis de marchandises en plein milieu d'un désert. Tout comme des autoroutes qui traversent des régions isolées a l'écart des zones habitées. Venir sans voiture dans un centre commercial de ce genre, c'est comme circuler a pied sur l'autoroute. L'un et l'autre (et il faut y ajouter les aéroports modernes) vivent désormais leur propre vie, dans l'isolement. Ils sont construits pour l'homme motorisé. Qui ne fait qu'un avec son automobile. L'automobile lui sert de sac a provisions parce que la surproduction du commerce mondial ne rentrerait tout simplement pas dans un sac normal. En réalité, tout était donc parfaitement dans l'ordre ce soir-la en Malaisie. Nous, les étrangers-piétons venus d'Europe, étions les seuls a ne pas avoir compris qu'un énorme parking a plusieurs étages est désormais et restera pour toujours l'entrée principale de ce type de magasin du futur. Servant aussi de mausolée et de tombe au dernier piéton inconnu.

Traduit par Catherine Hubert

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Wednesday, March 4, 2009

DES PARENTS DANS UN PAYS LOINTAIN

DES PARENTS DANS UN PAYS LOINTAIN

J'ai toujours pensé que seuls les hommes avaient des parents dans un pays lointain, mais il y a probablement des exceptions.

Dans un petit village de l'Orava, au centre de l'Europe, ou nous possédons un chalet de famille est apparu un jour un pingouin. A vrai dire, il y était depuis longtemps, mais nous ne l'avons découvert qu'au moment ou j'ai du descendre la colline pour aller a la quincaillerie. Pour changer un peu, j'avais pris avec moi ma fille de six ans, Veronika. Cela ne pouvait pas rater, elle a découvert ce pingouin posé sur l'étagere située juste au-dessus de la caisse. Bien sur ce ne sont pas les clous, les peintures, les haches et les scies qui auraient pu l'intéresser, mais un pingouin dans une quincaillerie, ça n'arrive pas tous les jours. Et celui-la y était depuis fort longtemps, son manteau de peluche noire était bien poussiéreux. Cela ne dérangeait pas notre Veronika. Elle, elle a toujours besoin de cadeaux, meme a l'occasion d'un achat de clous, mais la, j'ai dit non tres fermement.

Cela faisait une semaine que je refusais le pingouin, ce qui était déja une assez bonne performance. Mais finalement je n'ai pas pu supporter plus longtemps les pleurnicheries et les cris de désir de Veronika. Nous sommes donc retournés voir ce pingouin, juste le voir. Veronika était ravie. Le propriétaire du magasin était ravi aussi. Il a compris que c'était la chance de sa vie. Ce pingouin (qui marchait cahin-caha grâce a des piles, qui battait des ailes et produisait des bruits électroniques de pingouin), il avait du accepter de le mettre en vente dans un moment de folie passagere. Veronika et moi, nous devions lui paraître des envoyés du ciel." Je vais vous faire une réduction. "

Je considérais que c'était normal vu la couche de poussiere sur le pingouin. Mais cela n'était pas nécessaire, nous n'étions venus que pour le regarder." Regardez, regardez. "

Nous avons donc regardé comment le pingouin marchait cahin-caha, comment il battait des ailes et comment il produisait des sons électroniques de pingouin. Moi, je ne lui trouvais rien de particulier qui m'aurait attiré, mais Veronika et le propriétaire du magasin étaient tout excités. Ce ne devait pas etre tout.

" Mais vous n'avez pas encore tout vu," déclama théâtralement le commerçant, quand le pingouin cessa de marcher cahin-caha, de battre des ailes et de caqueter.
" Celui-ci ", le propriétaire avait l'air mystérieux, prenant dans ses mains le pingouin qui ne se doutait de rien, " celui-ci - c'est un mâle ! Et j'ai aussi la femelle ! "
Et tout de suite il a apporté un carton de nulle part, sans doute de sa réserve, et de ce carton il a sorti exactement le meme pingouin que celui de l'étagere. Il les a placés côte a côte." Et voici papa pingouin et maman pingouin ! "

Nous nous sommes regardés, Veronika et moi, bouche bée : une ferme de pingouins a Oravská Lesná ? Des petits pingouins en peluche facilement et rapidement ?! Avant de perdre mes derniers restes de jugement, j'ai immédiatement affirmé que ce mariage ne pourrait se faire que sur mon cadavre. La petite Veronika m'a tout de suite fait savoir que, si on n'achetait rien, il faudrait alors aussi compter sur le sien. Le propriétaire du magasin était au bord d'une attaque cérébrale depuis longtemps déja. Et dans tout cela deux pingouins marchant cahin-caha, battant des ailes et caquetant quelque chose dans leur langue maternelle électronique.
Je considere que c'était une grande victoire de la raison de n'etre partis qu'avec la femelle (celle sans poussiere). N'essayez pas de me rappeler que nous n'y avions été que pour regarder. Le résultat était clairement un compromis.

Un mois plus tard nous sommes allés, ma gentille femme Janina et moi, en vacances a Hurghada, en Egypte, a l'origine un village de pecheurs désert, transformé en quelques années en un centre touristique rempli d'hôtels, de plages, de piscines et de petits magasins. C'est comme a Kuta a Bali ou dans n'importe quel village de Croatie sur la côte Adriatique. Les magasins d'Hurghada étaient peu nombreux mais l'un d'entre eux semblait etre un " Duty Free ". C'est ce qui nous a attiré, nous l'avons visité, et nous n'avons rien acheté. Mais nous avons rapporté a la maison une bonne nouvelle. Notre pingouin femelle avait un oncle a Hurghada. Il est exposé couvert de poussiere et attend qu'une Veronika locale vienne pour l'emmener chez elle, ainsi que la tante cachée dans la réserve...


Traduit par Antoine Ehret

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